Nos représentations du monde, de l'Europe coloniale à l'Amérique hégémonique
À la fin du XIXe siècle, sur fond de colonisation et de décomposition des empires asiatiques, les Européens ont imaginé une scène internationale inédite à l'échelle de la planète. Dès 1917, avec Woodrow Wilson, les Américains ont conçu le grand récit qui s'y déroulerait - la lutte du Bien (liberté) contre le Mal (tyrannie)-, repris successivement par Rooseveit (le Bien contre le fascisme), Truman (contre le totalitarisme) et aujourd'hui Bush (contre le terrorisme). La réélection de George Bush se fonde donc sur un consensus ancien : l'idée d'une «destinée manifeste» de l'Amérique.
Cette «mission libératrice» des États-Unis n'est pas sans rappeler la «mission civilisatrice» des Européens de l'ère coloniale. Mais, si la page du colonialisme est bel et bien tournée, la notion de supériorité morale, elle, n'a jamais complètement quitté l'esprit des Occidentaux. Et ce qu'on présente en général comme un décalage entre l'Amérique et le reste de la planète relève plus profondément d'un problème de relation entre l'Occident et le monde non-occidental. Les Américains comme les Européens ne pourront faire admettre leurs valeurs communes - la démocratie, l'État de droit -, s'ils n'ont pas une conscience plus affûtée de leur position face au reste du globe. Depuis soixante ans, l'Europe a la chance d'être le laboratoire d'un nouveau mode de relations internationales. Elle n'en fait pas pleinement usage, mais elle peut proposer une autre manière de défendre les valeurs universelles.
Ce livre renouvelle le débat actuel sur la politique étrangère des États-Unis et sur la relation transatlantique, en insistant sur le rôle décisif des discours et des représentations dans la géopolitique. Aujourd'hui, et plus encore demain, les représentations géopolitiques constitueront un enjeu de pouvoir, au même titre que la course aux armements ou que le développement technologique.
Présentation de l'éditeur
Officier talentueux et courageux de la marine royale, le vicomte de Castries a servi Louis XVI avec passion, combattu sur terre et sur mer avec intelligence et fougue et découvert le monde entier avec enthousiasme.
La période qu'il fait revivre à travers ses Souvenirs maritimes, de 1773 à 1784, est riche en péripéties : on peut voir ainsi, entre autres, les Américains, aidés par les Français, lutter pour leur indépendance, et la marine royale, qui prospecte sur les côtes d'Afrique et aux Antilles, affronter les pirates.
Ces Mémoires, relatés dans un style clair et précis, nous décrivent une certaine société à la fin de l'Ancien Régime et nous entraînent dans des aventures passionnantes.
Présentation de l'éditeur
Entre 1972 et 1980, au moment où Raymond Aron élabore son chef-d'oeuvre, Penser la guerre: Clausewitz, il consacre au «théoricien de la guerre» nombre d'articles, tous issus du dialogue ininterrompu qu'il établit avec l'homme Clausewitz et sa pensée.
Tout au long de la première partie des textes réunis ici, Raymond Aron reconstruit la démarche intellectuelle de Clausewitz: il s'engage dans des analyses subtiles de l'historien «stratège et patriote», dont il éclaire la conception de l'État et reconsidère la théorie de la guerre populaire.
C'est à la lumière de ces enseignements que, dans la seconde partie, le «spectateur engagé» aborde, avec autant de virtuosité que d'érudition, quelques situations stratégiques contemporaines, telles la crise de Cuba, l'équilibre de la terreur, le conflit israélo-arabe, ou la guerre de Corée.
Présentation de l'éditeur
Louise Michel, née en 1830, était la fille naturelle d'une servante et d'un châtelain. Très vite elle est révoltée par l'exploitation des ouvriers et par la situation faite aux femmes. « Esclave est le prolétaire, esclave entre tous est la femme du prolétaire... » écrira-t-elle plus tard.
Bientôt, elle va essayer de contribuer à l'émancipation des femmes. D'abord en devenant institutrice « libre » (c'est à dire ayant refusé de prêter serment à Napoléon III). Elle s'occupe ainsi de 200 fillettes aux Batignoles. C'est à cette époque qu'elle se lie avec les milieux rêvolutionnaires.
Puis vient la guerre de 1870 le siège de Paris par les troupes prussiennes et la capitulation. Elle participe au soulèvement du peuple de Paris qui proclame la Commune et se lance dans l'action. Volontaire comme infirmière, elle revêt l'uniforme de la garde nationale et se bat pour défendre Paris insurgé. Lors de la semaine sanglante pendant laquelle les versaillais ont massacré des milliers de communards, elle est arrêtée. Devant les juges du Tribunal militaire, au lieu de chercher à minimiser son rôle, elle revendique fièrement sa participation à la Commune. C'est à l'issue de ce procès que son ami Victor Hugo va lui dédier son poème Viro major.
Condamnée à la déportation vers la Nouvelle Calédonie, malgré de conditions de détention pénibles, elle s'intéresse à la faune et à la flore, ainsi qu'à la condition des Kanaks et organise une école pour leurs enfants. En 1880, suite à l'amnistie des Communards, elle rentre à Paris où elle reçoit un accueil triomphal. Militante infatigable, elle multiplie les conférences, les meetings les appels à la révolution. A sa mort, en 1905, 120 000 personnes vont suivre son cercueil de la gare de Lyon au cimetière de Levallois-Perret.
Présentation de l'éditeur
La Turquie entrera-t-elle dans l'Europe? Est-elle voisine de la Grèce ou de l'Iran? Est-ce une nation musulmane autoritaire ou un pays laïc et démocratique? On n'a pas fini d'en débattre. Mais une évidence s'impose: depuis deux mille ans, l'ancienne capitale de ce pays, quand il s'appelait Empire romain, Empire byzantin ou Empire ottoman, est au coeur des destinées de notre continent.
Contre ses murailles se sont brisées les invasions des Huns, des Perses, des Arabes ou des Tatars. Grâce à elle, le christianisme a survécu, quadrillant le continent de ses monastères et assurant sa survie intellectuelle. Constantinople, cependant, n'était pas qu'une forteresse. C'était d'abord une université et une fête. Immense métropole frivole et dévergondée, elle avait allumé les mille bougies de la culture, de la mode et de l'art. À l'heure où les Mérovingiens paressaient dans leurs déserts moisis, on y enseignait Platon et la danse, Aristote et la parfumerie. Cité des Mille et Une Nuits, la capitale des basileus et des courtisanes inventait notre future civilisation.
Le Roman de Constantinople ne se veut pas un traité encyclopédique d'histoire. Il entend rappeler des lieux, des personnages, des fêtes et des drames qui donnent le sentiment de ce que fut la Ville des villes. Du sacre de Théodora, la prostituée devenue impératrice, à la passion de Soliman le Magnifique pour son trop beau vizir, de l'impératrice Irène faisant crever les yeux de son fils à l'intronisation de Mehmet III ordonnant la mort de ses dix-neuf frères, on va de bain de sang en cérémonie fastueuse, d'épuration impitoyable en savante intrigue de sérail.
À la fois roman noir et roman-photo, ce livre est une promenade cocasse et atroce à travers l'histoire de Constantinople. Notre histoire.
Présentation de l'éditeur
Monstrueuse, la matière de ce livre l'est, pour deux raisons. Le sujet, d'abord : le trafic d'hommes noirs, «infâme trafic» jusque dans les justifications qu'on a voulu lui trouver, philosophiques, religieuses, économiques, politiques. Monstrueuse aussi, son étendue dans l'espace, de l'Afrique à la Méditerranée orientale puis de l'Afrique aux Amériques, le fameux «commerce triangulaire» n'étant que l'une de ses composantes ; et dans le temps, puisque cette histoire est longue de près de quatorze siècles.
Il fallait à Olivier Pétré-Grenouilleau, pour maîtriser dans sa totalité l'étude de ce trafic et l'ériger en objet historique, une approche globale, qui mettrait en relation l'histoire de l'esclavage avec d'autres domaines de la recherche historique - histoire des idées, des comportements, de l'industrialisation... Cette méthode comparative, alliée à une vision à la fois panoramique et plongeante, permettrait de découvrir comment des logiques différentes, propres à l'Afrique noire, au monde musulman et à l'Occident, ont pu se connecter pour donner naissance aux traites négrières. Comment, une fois pris le pli, enclenché l'engrenage négrier, les traites ont évolué jusqu'à leur terme, résultat d'une dynamique abolitionniste, certes ambiguë, mais radicale.
De l'esclavage antique à la mise en place de nouveaux systèmes d'exploitation de l'homme, ce livre restitue pour la première fois dans son ensemble la complexité d'une histoire débarrassée des clichés et des tabous, riche aussi de révoltes et de combats. Un des phénomènes mondiaux à l'origine du monde moderne.
Présentation de l'éditeur
Le massacre est une pratique humaine des plus anciennes et des plus récurrentes.
En cela, elle constitue un défi pour l'historien : soit l'étudier comme un événement à chaque fois singulier et s'interdire alors de le constituer en un objet d'histoire en soi, ou bien vouloir en cerner la nature commune, au risque alors d'une approche transhistorique qui s'échine à trouver une structure là où il n'y aurait que conjoncture.
À distance de ces deux risques, une vingtaine d'auteurs - historiens, philosophe et juriste - conjuguent la permanence du massacre à travers l'histoire, quels que soient les progrès supposés de la civilisation, et sa spécificité dans l'espace et le temps (Occident, Afrique, Asie). La récurrence est soulignée par le déroulé chronologique, des massacres dans l'Antiquité aux génocidex contemporains. Le choix n'est pas exhaustif, mais toujours le contexte est restitué et la postérité historiographique soulignée, qui permettent de fonder des catégories classificatoires : massacres assumés, massacres refoulés, vecteurs d'identité ; opération militaire, processus politique, visée terroriste.
Surtout, l'histoire des massacres est ici indissociable de celle de la progression de la conscience philosophique, civique ou juridique qui cherche à bannir ce crime contre les Hommes par le recours à la justice. Histoire, droit et philosophie ensemble donnent corps à ce nouvel objet de recherche.
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Les Khazars : une énigme historique de la taille d'un empire disparu qui aurait duré du VIIe au XIe siècle de notre ère et qui s'étendait entre la mer Caspienne et la mer Noire, de la Volga à la chaîne du Caucase, au croisement des grandes routes commerciales et des zones d'influence des trois spiritualités chrétienne, juive et musulmane.
Comment retracer l'histoire de ce peuple cavalier d'origine turcomongole ? Pourquoi les Khazars se sont-ils convertis massivement au judaïsme ? Pourquoi leur empire s'est-il écroulé ? Pourquoi ont-ils été si longtemps oubliés ? Et pourquoi, d'Arthur Koestler à Marek Halter, font-ils rêver ? Voilà les questions auxquelles tente de répondre cet ouvrage, mettant à contribution spécialistes et passionnés de la Russie.
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Plus que jamais l'intolérance religieuse travaille nos sociétés; plus que jamais les rapports entre les États et les Églises font problème. Aussi le grand livre de l'historien américain Henry Charles Lea (1825-1909), unique en son genre, garde-t-il une terrible valeur d'actualité. Il nous permet de comprendre pourquoi et comment, pendant des siècles, l'Église catholique a cru devoir réduire au silence, voire éradiquer ses dissidents.
Dès le Moyen Âge, l'Église était devenue un pouvoir économique et politique de premier ordre. Et, comme tous les pouvoirs, elle fondait une part de son empire sur des bases matérielles et prêtait le flanc à de nombreuses critiques exigeant le retour à la pureté du message évangélique. C'est pour combattre ces mouvements, dégénérant en hérésies, que les papes ont délégué leurs prédicateurs à travers toute l'Europe, en leur accordant des compétences de plus en plus étendues. Ainsi est née une institution qui, de plus en plus, s'est substituée aux pouvoirs locaux pour broyer toute résistance à ce qu'il faut bien appeler une «pensée unique».
Maîtrisant le latin comme l'allemand, l'espagnol comme l'italien, Henry Charles Lea a parcouru les archives de l'Europe tout entière afin de brosser un tableau complet de cette partie souvent refoulée de notre passé. Cette Histoire de l'Inquisition est aussi une histoire de la liberté de conscience. Qu'elle ait été traduite en français par Salomon Reinach à l'époque de l'affaire Dreyfus et des combats en faveur de la séparation de l'Église et de l'État montre à l'évidence que le combat des Lumières contre l'obscurantisme n'est jamais gagné définitivement. Robert Kopp
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Il n'est pas toujours aisé d'assumer un nom, une famille, une nationalité... Que dire alors quand ce nom dépasse les frontières, qu'il est connecté aux croisés et à l'Empire Ottoman et que la générosité des alliances, non seulement du côté paternel, mais aussi du côté maternel, vous unit aux Français, puis aux Ottomans, aux Grecs, aux Italiens...? N'importe qui aurait du mal à s'y retrouver. Or, la richesse des parcours nous confirme la richesse de la généalogie, la complexité des ententes et la complétude des cultures. L'ensemble est un cours d'histoire et d'humanisme passionné et passionnant. Des croisades à l'Occupation de Paris, en passant pas la prospérité et la chute de l'Empire Ottoman, l'auteur remonte aux origines princières des Lusignan tout en regardant plus précisément sa famille proche - parents et grands-parents - sous un verre grossissant : tout n'y est pas enchanteur. Pourtant, son amour est communicatif. Même le Paris de l'Occupation, vu sous le regard d'un gamin de onze ans, est assez fascinant. Entre sa grand-mère Adèle et sa mère Hellé, c'est un autre aspect de l'Occupation qui nous est conté. Avec l'école, la musique, la mode, le cinéma, la littérature de l'époque, s'exprime tout un monde qui a envie, besoin de continuer à vivre ! L'adolescent et ensuite l'adulte en seront profondément imprégnés. Ecrit, au départ, pour expliquer à ses enfants leur arbre généalogique, l'auteur transforme peu à peu ce livre en référence. Ayant beaucoup voyagé - son héritage complexe l'y ayant depuis longtemps préparé - il nous ramène à la citoyenneté du monde, à nos propres origines, tellement composites ; à notre façon, souvent questionnable, d'aider les pays 'pauvres' ; à nos responsabilités et à notre avenir critique...
Une réflexion et un apport précieux.
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