Proses, vol. 1. 1912-1922

Proses, vol. 1. 1912-1922
Pessoa Fernando
Ed. Différence

Proses I

Ces « Proses » de Fernando Pessoa qui rassemblent tous les textes publiés de son vivant, ont paru à La Différence en 1988. Épuisé depuis une dizaines d'années, cet ouvrage revoit le jour, en deux volumes, augmenté de nouveaux textes que les chercheurs on découverts entre-temps. Un des intérêts de cette édition est de mesurer l'ampleur et la diversité des publications que Pessoa fit de son vivant. La légende de la malle remplie d'inédits posthumes a occulté l'aspect de l'écrivain publiant dans les différentes revues de son temps et participant, au premier plan, au débat intellectuel.

Le projet Fanon

Le projet Fanon
Wideman John Edgar
Ed. Gallimard

Le projet Fanon a poursuivi John Edgar Wideman des années durant : après avoir lu Les damnés de la terre, l'écrivain américain n'a eu de cesse de vouloir ressembler à son auteur, l'intellectuel et psychiatre martiniquais, et démarrer une révolution, qui contribuerait à libérer le monde du fléau du racisme. Forcé de constater son impuissance, il a entrepris de faire revivre cette figure de la lutte contre l'oppression sous la forme d'un texte très personnel, dans lequel il imagine un écrivain, Thomas, sorte de double fictionnel de Wideman, qui tente d'écrire sur Fanon, dans une Amérique d'après le 11 Septembre où la peur de l'autre n'a pas faibli.

Ce personnage reçoit un jour un colis étrange, qui contient une tête coupée, et il plonge alors dans une enquête fiévreuse sur l'identité de l'individu qui s'est présenté à lui sous cette forme macabre comme pour lui rappeler que l'écrivain ne peut échapper à la violence du monde et qu'il lui revient d'en rendre compte. Mais comment Thomas peut-il procéder sans tomber dans les approximations de la fiction et se laisser emporter par la flamme de l'idéologie ? Avec une intelligence pleine de mordant, Wideman encourage et vilipende sa créature romanesque, lui offrant la matière de sa propre existence - son enfance dans le ghetto de Pittsburgh, les relations complexes qu'il entretient avec son frère mis au ban de la société, le courage d'une mère qui aurait aimé rencontrer Fanon - afin qu'il puisse nourrir sa fiction, et utiliser au mieux les pouvoirs de l'écriture pour décrire le monde d'aujourd'hui et ses démons.

Portraits

Portraits
Kosztolanyi Dezsö
Ed. La Baconnière

À la fin des années 1920, au sommet de sa gloire, Dezsö Kosztolányi eut l'idée d'endosser les humbles habits d'un enquêteur pour croquer sur le vif les représentants, le plus souvent anonymes, des métiers les plus divers. Trente-cinq de ces entretiens, de la sage-femme au fossoyeur, sont présents dans ce recueil.

Ces Portraits brossent en quelques échanges enjoués une personnalité ; les questions y sont toujours pertinentes, souvent surprenantes, et fouillent dans la vie, les anecdotes, les pensées d'une femme de ménage légère et rieuse, d'un éboueur bourru ou encore d'un imprimeur consciencieux. Capable d'apartés hilarants, Kosztolányi donne à lire, à travers l'ironie, la tendresse et l'empathie pour les êtres simples qui caractérisent son art, une étude de moeurs vive et fascinante. On y retrouve son amour de la littérature, ses réflexions sur le métier d'écrivain et sa vive attention au langage alliant la clarté française au sens très aigu des ressources de la langue hongroise.

Mais ces Portraits permettent surtout à Kosztolányi de se demander ce que signifie pour ses semblables l'existence elle-même. Son propos lui est suggéré par sa conviction originale que la vie est un miracle pour lequel on se doit de lutter. La façon qu'ont le barbier, la choriste, le photographe ou le diplomate, et bien sûr l'écrivain, de vivre ce miracle, sont des réponses à la question : la vie vaut-elle d'être vécue ?

De cette brillante confession inédite en français, que l'on peut considérer comme une trouvaille hors pair du point de vue du genre, on s'en délectera à plus d'un titre.

Fire & Sage. De sauge et de feu

Fire & Sage. De sauge et de feu
Clark Moe
Ed. Maelström/Compact

Le Spoken Word de Moe Clark, artiste métis canadienne, est un chant fier qui exhume les cendres des âmes errantes, donnant voix aux syllabes muettes des victimes des génocides amérindiens. Un chant qui expose des faits brutaux dans des rythmes qui dégèlent notre mémoire, qu’« il nous faut coudre et recoudre ensemble/ lambeau par lambeau/ nom par nom/ voix par voix ».
Qu’elle évoque Frida Kahlo ou rende un hommage vibrant au célèbre « Howl » d’Allen Ginsberg, qu’elle décrive l’état de déréliction d’une femme Autochtone ou conte le vol des terres par les colons, elle est toujours tapie derrière des murs invisibles d’où surgissent des cimetières naturels, des rondes guerrières, des prières rituelles, des alchimies étranges de renaissance. Elle est là et profère ce qu’elle est en poésie : « Je suis votre homonyme », être infini qui invite aux voyages intérieurs et transgénérationnels, oiseau éternel qui convie à advenir ensemble dans une relation présente aux esprits des ancêtres.
Œuvre de guérison, une voix puissante est là qui s’élève et elle est celle, essentielle, des grands territoires mythiques du Nord canadien.

Plus vite que son ombre

Plus vite que son ombre
McNab Tom
Ed. Autrement

« Je le reconnais, dit Boone. Je l'ai croisé au Texas... Ça fait quinze jours qu'il se soûle à en devenir aveugle. Médina lui versa lentement l'eau sur le visage.
- Ça m'a tout l'air d'être l'homme idéal, professeur, dit-il. Pour courir contre Buck Miller.
- Comment t'appelles-tu, fiston ?
Le jeune homme recracha l'eau, fit un effort surhumain pour se remettre sur pied et s'assit sur la table.
- Speed, m'sieur, dit-il enfin. Billy Joe Speed. »

Canyon City est en fête. Buck Miller, jeune cow-boy athlétique, s'inscrit à l'un des défis au programme : la course à pied. Il n'aura aucun mal à devenir le nouveau fast man local... Jusqu'à ce qu'un drôle de type, le professeur Moriarty, se mette en tête de le faire battre par n'importe quel inconnu dressé à sa méthode d'entraînement. Les paris sont ouverts.

Formidable roman d'aventures, ode à l'amitié, Plus vite que son ombre recrée un Far West inédit où, pour vaincre, il faut se dépasser soi-même, sans massacrer son prochain.

« L'antidote à la violence stéréotypée des westerns. » The Times.

Les aventures d'un romancier atonal

Les aventures d'un romancier atonal
Laiseca Alberto
Ed. Attila

Vivant dans une mansarde, humilié par la maîtresse de sa pension, un romancier pauvre et inconnu écrit un roman expérimental illisible de 1500 pages, dont la lecture fait fuir tout le monde autour de lui. Tout le monde, sauf son meilleur ami, Coco Pico de la Mirandole, qui déniche un éditeur sado-maso aspirant à faire faillite. Promis à un échec total, le livre devient hélas un best seller en France. La critique argentine retourne sa veste et des milliers d'exemplaires sont écoulés. L'Épopée du Roi Thibaut donne à lire quelques-uns de ces feuillets, contant la guerre sainte menée à un âge préhistorique par le Roi Thibaud à Saladin, calife de Toutes les Russies, à grands
renforts de machines futuristes, extravagantes, et de créatures
antédiluviennes. La civilisation semble vouée à un retour à l'âge de pierre, dans un univers des plus cruels et ingénieux, où la facétie et
la stupeur règnent en maître.

Deuxième roman d'Alberto Laiseca (né en 1941), Les Aventures est aussi une mise en abîme de sa propre œuvre : il a réellement
écrit un roman expérimental et paroxystique de 1500 pages, Los Sanas, qui a réellement mis 20 ans à être publié en Argentine. Superposant périodes historiques, détails scientifiques, musiques, religions, influences littéraires (de Poe à Sade, de Gaston Leroux à Raymond Roussel) dans un délire psychédélique, anachronique et verbal, l'œuvre de Laiseca, adoubé par ses pairs (Ricardo Piglia et
Cesar Aira en tête), recrée la farce de notre monde, explorant
les rapports (grotesques) de domination et les affres (insensées) de la création.

Les ingénieurs du bout du monde

Les ingénieurs du bout du monde
Guillou Jan
Ed. Actes Sud

Lorsque leur père et leur oncle se font engloutir par la mer du Nord, les trois jeunes frères Lauritz, Oscar et Sverre sont contraints de quitter l'île de leur enfance, pour rejoindre la ville de Bergen et devenir apprentis dans une corderie. Par un heureux concours de circonstances, ils sont repérés par le fils du propriétaire pour leur habileté artisanale hors du commun. Leurs études en génie civil seront alors prises en charge. C'est ainsi qu'en 1901, les trois fils de pêcheur sortent de l'université de Dresde avec chacun un diplôme d'ingénieur en poche.

Le XXe siècle vient tout juste de commencer, charriant son lot d'avancées technologiques prometteuses, et les jeunes diplômés sont promis aux plus audacieux projets de construction ferroviaire. Mais leurs chemins se séparent. Sverre part à Londres, Oscar en Afrique, seul Lauritz rentre au pays natal. Aventure, danger et conflits les attendent : Oscar affronte la chaleur accablante de la savane en Afrique de l'Est allemande et Lauritz le blizzard arctique du haut plateau du Hardangervidda.

À travers ce roman tumultueux qui unit le sérieux de l'enquête historique et la vivacité du grand récit d'aventures, Jan Guillou livre le premier volet de son projet littéraire le plus ambitieux à ce jour, « Le siècle des grandes aventures », une captivante saga consacrée aux bouleversements qui ont ébranlé l'Europe du XXe siècle.

En numérique chez Tropismes : Les ingénieurs du bout du monde

Journal d'Amérique

Journal d'Amérique
Brecht Bertolt
Ed. L'Arche

La vie ne m'a semblé presque nulle part plus difficile qu'ici, dans cette morgue de l'easy going. La maison est trop jolie, mon métier ici est celui du chercheur d'or, les chanceux dégagent de la boue des pépites grosses comme le poing, dont ensuite il est longtemps question, moi, quand je me déplace, je marche sur des nuages comme un malade de la moelle épinière. Grete ici me manque particulièrement. C'est comme si on m'avait enlevé le guide juste à l'entrée du désert.

 

OConde

OConde
Magris Claudio
Ed. La Baconnière

'Je savais bien qu'un jour ou l'autre quelqu'un viendrait aussi chez moi. C'est pas que j'y tienne, mais il y a une justice en ce monde et à la longue les comptes s'équilibrent plus ou moins, comme à la fin de la saison de pêche quand on touche ses sous et que chacun a en poche à peu près la même somme à dépenser à l'auberge, enfin je veux dire les gens ordinaires.'

Un anonyme batelier de Douro parle de sa vie, de son lien trouble avec l'impénétrable oConde, le pêcheur de mort. Des épisodes qui charrient sa pensée, vers une acceptation impassible de son destin.

 

Chowringhee

Chowringhee
Sankar
Ed. Gallimard

Quand le jeune Sankar, commis d’avocat au chômage, trouve du travail à l’hôtel Shahjahan situé près de la grande esplanade de Calcutta nommée Chowringhee, il ne se doute pas que toute son existence tournera bientôt autour des vies qui se croisent dans cet établissement de luxe, véritable ville dans la ville de la mégapole indienne, au lendemain de l’indépendance du pays.
D’abord homme à tout faire, il vit sur place, sur le toit de l’hôtel. Il grimpe vite les échelons, naviguant entre l’énigmatique directeur Marco Polo, qui cherche désespérément sa femme disparue afin de pouvoir divorcer, et le méticuleux réceptionniste Bose dont il devient l’ami. Il se retrouve ainsi au centre de mille intrigues, témoin de petites et de grandes trahisons, et observateur discret mais perspicace des hôtes de l’établissement.
Mais lorsque ses deux protecteurs quittent l’hôtel, l’un pour s’installer en Afrique avec sa fiancée qu’il ne peut épouser en Inde, l’autre pour se marier avec une hôtesse de l’air, rencontrée à l’hôtel bien sûr, sa vie prend un autre tournant, sur l’esplanade Chowringhee…
Chowringhee possède l’énergie narrative d’un grand roman choral, mettant en scène des morceaux de vie, des personnages tragiques, d’autres comiques, tout autant qu’un regard délicat sur la comédie humaine universelle. Une découverte majeure d’un auteur injustement oublié en Occident.

En numérique chez Tropismes : Chowringhee

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