En 1913, la jeune couturière Marta Haddad quitte Beyrouth pour rejoindre son mari Khalil, parti travailler aux Etats-Unis peu de temps après leur mariage. La traversée est une épreuve, tout comme le séjour en quarantaine à Ellis Island, mais Marta a confiance en l'avenir et en cette terre d'accueil. Le choc est pourtant immense quand elle découvre que son mari vit avec une Américaine en Louisiane et qu'il ne l'attend déjà plus...
Marta se ressaisit, devient d'abord vendeuse itinérante avant d'ouvrir un magasin à Philadelphie. Khalil perd la vie au milieu des troupes américaines pendant la Première Guerre mondiale, elle peut donc se remarier et épouse Ali Jaber. Mais la crise de 1929 frappe de plein fouet, et pour échapper à la misère Marta n'a d'autre choix que de s'installer sur des terres agricoles achetées avant la crise en Californie, avec Ali et leurs quatre enfants. Un nouveau départ - un de plus, dans la vie de Marta, héroïne attachante de cette vaste fresque de l'immigration que constitue Amerika.
Ce quatrième et avant-dernier volume est consacré aux treize nouvelles que Lawrence écrivit dans les années 1924-1928, une période encore fortement marquée par le souvenir de ses séjours au Mexique et au Nouveau-Mexique qui donnèrent également lieu à l’écriture des essais réunis dans Matins mexicains que nous avons publié au printemps dernier.
Les nouvelles de ce recueil, le dernier composé par Lawrence lui-même de son vivant, paru en 1928, reflètent une fois encore les errances de leur auteur, toujours en quête d’un départ plus radical, vers des lieux « où il aurait l’impression de pouvoir se promener sur une crête au bord de l’existence », comme il l’écrit dans une lettre d’octobre 1923.
Dans la nouvelle titre du recueil, la femme qui s’enfuit de l’hacienda où elle vit avec son mari et ses enfants pour partir à la rencontre des dieux inconnus des Indiens chilchuis se laissera passivement conduire jusqu’au sacrifice et à cette dissolution dans la mort qui était déjà l’aboutissement de « L’officier prussien » et de « Chère, ô chère Angleterre », dans les deux recueils précédents.
« Soleil », où une jeune femme s’offre au soleil sicilien pour « dissoudre les nuages noirs et froids de ses idées », préfigure L’Amant de lady Chatterley, même si l’héroïne n’osera pas aller jusqu’au bout de ce que son corps réclame pour se donner au paysan sicilien qui l’a surprise nue.
D’une plume devenue de plus en plus vive, impatiente et sarcastique avec le temps, d’autres nouvelles explorent, à travers des portraits à peine transposés de ses amis ou des souvenirs personnels de sa vie avec son épouse Frieda, les difficultés du couple, la jalousie (« Deux oiseaux bleus »), la confrontation de deux classes sociales (« Jimmy et la femme désespérée », reflet d’un retour de l’auteur, en 1924, au pays minier de son enfance). Ce « rire de dérision », qui surgit ainsi dans l’œuvre en général et dans les nouvelles en particulier, n’est autre qu’un des attributs du dieu Pan, symbole « d’une relation vivante entre l’homme et l’univers », auquel, dans ces années-là, Lawrence s’identifie de plus en plus.
Nous assistons ici, sous la plume de Josep Pla, à la genèse d'une écriture capable de dépeindre à la fois l'agitation de la Barcelone la plus avant-gardiste - celle de Gaudí et des cafés littéraires - et la vie quotidienne de Palafrugell, le petit village de la région de l'Empourdan où l'auteur retrouve avec bonheur ses amis d'enfance et la maison familiale. Considéré comme l'un des grands classiques de la littérature catalane du XXe siècle, Le cahier gris est ce livre unique où un homme finit par incarner, sans le savoir, le style et la sensibilité d'une nation et d'une époque. Il met en scène le désoeuvrement d'un jeune étudiant en droit qui rêve de devenir écrivain et dont le journal intime, débuté en 1918 pendant l'épidémie de grippe espagnole, se transforme peu à peu en un laboratoire secret où se forge la meilleure prose du catalan moderne.
Pla accomplit son exploit comme il a vécu : discrètement, avec intelligence et humour, toujours épaulé par une ironie qui nous laisse deviner le fond sensuel et raffiné de sa culture. Si, au fil des pages, sa galerie de portraits nous le montre ainsi comme un observateur hors pair de la comédie humaine, ses maximes, ses commentaires politiques et ses jugements littéraires font de lui un remarquable moraliste et l'un des esprits les plus lucides de sa génération. Cependant, l'essentiel reste pour Pla la création de ce qu'il appelle lui-même une littérature sans fioriture, fondée sur la compréhension, la clarté et la simplicité. Autrement dit, «une littérature pour tout le monde». C'est bien ce qui fait du Cahier gris un classique et une oeuvre qui, à l'image de Barcelone, est en même temps profondément catalane et radicalement cosmopolite.
«À travers l’écriture, je m’approche du moi-même d’il y a cinquante ans, pour un jubilé personnel. L’âge de dix ans ne m’a pas porté à écrire, jusqu’à aujourd‘hui. Il n’a pas la foule intérieure de l’enfance ni la découverte physique du corps adolescent. À dix ans, on est dans une enveloppe contenant toutes les formes futures. On regarde à l’extérieur en adultes présumés, mais à l’étroit dans une taille de souliers plus petite.»
Comme chaque été, l’enfant de la ville qu’était le narrateur descend sur l’île y passer les vacances estivales. Il retrouve cette année le monde des pêcheurs, les plaisirs marins, mais ne peut échapper à la mutation qui a débuté avec son dixième anniversaire. Une fillette fait irruption sur la plage et le pousse à remettre en question son ignorance du verbe aimer que les adultes exagèrent à l’excès selon lui.
Mais il découvre aussi la cruauté et la vengeance lorsque trois garçons jaloux le passent à tabac et l’envoient à l’infirmerie le visage en sang. Conscient de ce risque, il avait volontairement offert son jeune corps aux assaillants, un mal nécessaire pour faire exploser le cocon charnel de l’adulte en puissance, et lui permettre de contempler le monde, sans jamais avoir à fermer les yeux.
Erri De Luca nous offre ici un puissant récit d’initiation où les problématiques de la langue, de la justice, de l’engagement se cristallisent à travers sa plume. Arrivé à l’«âge d’archive», il parvient à saisir avec justesse et nuances la mue de l’enfance, et ainsi explorer au plus profond ce passage fondateur de toute une vie.
« On a rarement vu un sujet aussi sérieux traité de façon aussi réjouissante. » The Economist
Sous prétexte de vouloir rendre officiel leur amour, Marcus et Doro, deux hippies vieillissants, veulent réunir leurs anciens camarades de la communauté dans laquelle ils ont vécu pendant vingt ans. Réunion qui amène les enfants, Oolie-Anna, Clara et Serge, à réévaluer l’idéal de leurs parents. Atteinte de trisomie, Oolie-Anna aimerait bien tenter l’amour libre, comme sa mère. Clara, l’institutrice, rêve de salles de bains impeccables, alors qu’elle s’occupe chaque jour d’enfants défavorisés qui sentent l’urine et la graisse. Serge a complètement rejeté l’utopie des hippies. Trader à la City, alors qu’il dit à ses parents qu’il termine une thèse de mathématiques, il prend de plus en plus de risques sur un marché financier instable. Malgré les différences de moralité et de valeurs entre les générations, c’est parti pour une réunion de traders, hippies et hamsters.
Une fresque magistrale, fable mélancolique sur les héros et leurs illusions.
Novembre 1917. L'armée italienne recule face à l'offensive autrichienne. À un jet de pierres du Piave, non loin de Venise, le domaine des Spada est réquisitionné par l'ennemi. Les vaincus ne discutent pas, nous sommes entre gens de bonne compagnie. Mais le viol de jeunes villageoises suscitera chez tous les membres de la Villa Spada un sursaut patriotique : Paolo, dix-sept ans, le narrateur de cette histoire ; le grand-père original et désabusé qui s'exprime par aphorismes et son épouse, grande dame qui oppose le mur de son mépris à l'occupant ; Teresa, la fidèle cuisinière, et sa fille, la jolie et simplette Loretta ; le gardien du domaine, l'énigmatique Renato ; la tante Maria, belle femme émancipée ; et enfin la flamboyante Giulia, dont la beauté provocante fascine le jeune Paolo.
Au fil de la chronique de cette occupation, avec son lot de vexations, d'outrages et de compromissions, se dessine un formidable portrait de famille, annonçant l'avènement d'un des plus grands écrivains italiens contemporains.
«Elles s’appellent Tamàr, Rahàv, Ruth, Bethsabée, Miriam-Marie. La première se vêtit en prostituée pour s’offrir à l’homme désiré. La deuxième était prostituée de profession et trahit son peuple. La troisième se glissa la nuit sous les couvertures d'un riche veuf et se fit épouser. La quatrième fut adultère, elle trahit son mari qui fit tuer son amant. La dernière tomba enceinte avant ses noces et l’enfant n’était pas de son époux.»
Dans le Saint-Pétersbourg des années 1920, Sofia et Trofim, couple sans enfant, voient leur union se fissurer peu à peu. Sofia décide d’adopter une jeune orpheline du voisinage, Ganka. Ce qui devait préserver son mariage va amener la catastrophe : Trofim cède au charme de l’adolescente. Anéantie, Sofia s’enferme dans le mutisme. Les eaux de la Neva commencent à monter…
Evgueni Zamiatine (1884-1937) est une des grandes figures des lettres russes de l’entre-deux-guerres. Auteur de Nous autres, contre-utopie qui inspirera le 1984 d’Orwell, il accueille favorablement la Révolution de 1917, avant de déchanter. Victime de la censure, fustigeant sans relâche la docilité de certains de ses confrères, il prend le chemin de l’exil en 1931. Il meurt à Paris en 1937.
La folle cupidité des hommes des grandes cités, la rouerie des trafiquants du Klondike, les aspirations bourgeoises des indigènes d’un atoll du Pacifique… Les décors des trois nouvelles de ce recueil sont aussi différents que chers à London ; il y met en scène des personnages aux prises avec leurs passions, nobles ou mesquines, et confrontés à la violence éternelle du monde qui les entoure.
Ce volume contient : Les Morts concentriques, La Face perdue et La Maison de Mapuhi. Ces nouvelles avaient été choisies en leur temps par Jorge Luis Borges pour donner la pleine mesure de la diversité du talent de London, dans le cadre de la Bibliothèque de Babel dont il était l’éditeur.
1927. Après quarante années d'absence, Adele Maine revient à Dire Draw, petite ville minière du Wyoming. Elle n'a jamais oublié les événements qui ont failli lui coûter la vie et l'ont obligée à quitter son mari sans un mot d'explication. Adele était alors venue rejoindre son frère dans l'Ouest américain, véritable eldorado pour des milliers d'hommes en quête de travail sur les lignes de chemin de fer ou dans les mines de charbon. Au coeur de cet univers hostile, elle s'était liée d'amitié avec un jeune Chinois victime, comme les siens, du racisme et du mépris des ouvriers blancs. Et puis, est arrivé ce terrible jour de 1885 où les haines ont explosé et où il lui a fallu choisir...
Dans la lignée de Willa Cather et Annie Proulx, Brian Leung réussit le superbe portrait d'une femme libre. Son roman embrasse un vaste paysage de sentiments et d'émotions qui répond, tel un écho, à l'immensité des grands espaces où seuls le ciel et la terre semblent régner.
« Grâce à son talent et à son empathie, Brian Leung nous fait voir ce qu'il y a de pire mais aussi de meilleur chez l'être humain. »
Rash
« Ce livre rouvre une page tragique et oubliée de l'histoire américaine. » Percival Everett
À propos des Hommes perdus :
« Au-delà d'une histoire culturelle, ce beau premier roman à deux voix, plein de silences et d'ellipses, dépeint avec une force impressionnante la complesdté des liens filiaux et les ravages de l'orgueil. » Les Inrockuptibles
« Brian Leung pose les questions essentielles sur le pardon, la tolérance, la mémoire. Il le fait avec un talent et une maturité remarquables. » Le Figaro
« L'émotion pure, c'est peut-être la plus belle chose que puisse nous offrir un livre. Brian Leung nous fait ce don avec Les Hommes perdus, les déchirantes retrouvailles d'un père et de son fils, tous deux en quête d'identité. Sublime. » Les Échos