Une jeune femme occupe, à Mexico, une bâtisse délabrée et pleine de recoins avec son mari architecte et deux enfants en bas âge. Entre les blattes de Madagascar, les T-Rex en plastique démantibulés et les chaussettes dépareillées, elle écrit. Des textes courts car elle manque d’air. Et un roman silencieux pour ne pas réveiller les enfants.
Elle écrit sur le fantôme de sa jeunesse, sur l’éditrice insouciante et libre qu’elle était quand elle vivait à New York, portait des minijupes et un manteau rouge, s’enivrait de poésie, fréquentait des hommes excentriques. Écumant les bibliothèques de la ville, elle y avait découvert l’oeuvre d’un obscur poète mexicain habitant à Harlem à la fin des années 1920 : Gilberto Owen. Sous la plume de la narratrice (celle d’aujourd’hui et celle d’alors) se dessinent le poète qu’il a été et la vie qu’elle lui façonne : un artiste fervent qui côtoyait García Lorca, applaudissait Duke Ellington dans les bars enfumés de Manhattan et traduisait Emily Dickinson, enveloppé dans un peignoir de soie – ou un homme radicalement seul, introverti et abandonné de tous...
Ombres du passé, présences insaisissables qui se croisent et s’épient dans un monde en suspension, le métro de New York : ses accélérations vertigineuses, ses replis obscurs, un lieu hors du temps et de l’espace qui attire les êtres sans gravité.
Une suave mélancolie, un humour exquis, une écriture agile et lumineuse pour une interrogation extravagante et grave : combien de vies et combien de morts dans une seule existence ?
Stasiuk, chef de file de la littérature polonaise, nous entraîne à l’époque de sa jeunesse révoltée : ambiance rock’n’roll garantie. Musique, littérature, alcool – la venue à l’écriture de l’auteur se fait en opposition à la déprime d’un quotidien socialiste. Il est entouré de personnages hauts en couleur, eux aussi sur le chemin de la rébellion. L’histoire est en marche, les événements se précipitent : service militaire, désertion, prison, état de siège, clandestinité… Écrite d’un seul souffle, cette confession iconoclaste se moque de tout, et d’abord de Stasiuk lui-même.
Dans un quartier résidentiel, un vieillard solitaire s’est attiré la haine du voisinage en entreposant autour de sa maison toutes sortes d’objets de récupération. Odeurs, nuisances, curiosité ou terreur, les dames alentour n’en peuvent plus et face à l’impuissance des autorités, elles alertent la presse.
L’effet attendu est immédiat, les journalistes s’emparent du sujet et cherchent à découvrir l’origine d’une telle dérive dans un quartier huppé. D’un entretien à l’autre, le récit d’une voisine ayant connu cet homme et sa famille dès l’après-guerre éclaire soudain l’inacceptable attitude du vieux Chûichi.
Histoire d’un être perdu dans un monde nouveau, ce singulier reportage va toucher les téléspectateurs et tout particulièrement le frère du vieillard. Ému par une telle déchéance, le cadet de Chûichi revient en effet sur les lieux encombrés de leur enfance, et cela après quarante ans de silence.
Ainsi reprendront-ils le temps de se dire, celui d’écouter. Une sérénité retrouvée pour le vieux solitaire qui propose alors à son frère un voyage, un magnifique pèlerinage depuis toujours espéré tel un point d’orgue, une échappée.
Ce livre met en scène un personnage poétique qui lentement révèle ses traumatismes, ses amours, ses utopies et son bel acharnement à protéger son héritage familial. Un roman qui retrace non sans mélancolie les grands changements du Japon d’après-guerre.
Isolé dans sa maison blanche, un homme compte les arbres, un à un, du bois alentour. Eux sont quantifiables, permettent de se faire une idée de l’étendue de la forêt, et le rassurent face aux jours sans date qui le poursuivent à chacune de ses sorties. Au rythme de ses pas, nous remontons son histoire, en particulier celle de sa paternité non désirée.
Lorsque sa femme Mirjam lui fait part de son envie d’avoir un enfant, il refuse, paniqué. Mis devant le fait accompli, le jeune père assiste sans joie à la naissance de Nathan et à la destruction progressive de son couple. Ce professeur de littérature aura l’occasion de croiser son fils à deux reprises lors de séjours à l’étranger, où il affrontera la colère de cet inconnu. Mais c’est aux Pays-Bas qu’ils se retrouvent finalement lorsque Nathan est hospitalisé dans un état critique.
En distordant le temps de sa langue riche et puissante, Jeroen Brouwers bâtit ici un récit bouleversant sur la paternité. Il parvient à concentrer l’étendue des jours dont la date s'est perdue, donnant corps à une généalogie que seule l’absence semblait définir. Ces innombrables «jours blancs» s’agglomèrent pour faire face en un bloc poétique aux questions de la filiation et de la solitude. Au tabou de la mort entre un père et son fils.
'Elle est notre Tchekhov' Cynthia Ozick
« Sur le quai de la gare, un chat noir croise obliquement leur chemin. Elle déteste les chats. Plus encore les chats noirs. Mais elle ne dit rien et réprime un frisson. Comme pour récompenser cette retenue, il annonce qu’il fera le voyage avec elle jusqu’à Cannes, si elle le veut bien. C’est à peine si elle peut répondre tant elle éprouve de gratitude. »
Les personnages d’Alice Munro courent après le bonheur. Quête vaine, éperdue, étourdissante, mais qu’ils poursuivent sans relâche. Dans ce recueil de nouvelles, on croise une étudiante qui accepte les propositions indécentes d’un vieillard, une mère en deuil qui change d’identité ou une femme affrontant enfin sa part de cruauté. D’une écriture précise et sensible, Alice Munro met en évidence les lignes de force invisibles guidant chaque destin.
Dans l'Espagne des années quarante, le Ballot et le Chinois grandissent ensemble dans l'appartement de leur grand-mère. Les journées des deux cousins, âgés d'une douzaine d'années, passent au rythme des leçons de boxe de Don Rodolfo, des lointains échos de la guerre et des anecdotes rapportées par le voisinage. Jusqu'au jour où Elke, une jeune orpheline de guerre allemande, s'installe deux étages plus bas chez la tante Gloria qui l'a adoptée. Accompagnés par cette complice casse-cou dans leurs équipées, les deux garçons vont se retrouver grandis et tomberont l'un et l'autre sous l'emprise de « l'éternel féminin », comme le dit Don Rodolfo...
Álvaro Pombo déploie ici une galerie de personnages bigarrés, dont chaque membre sera tour à tour dépeint dans ses travers comme dans ses actes héroïques, toujours avec drôlerie.
« Le sens de l'humour déborde de toutes parts d'anecdotes qui, par ailleurs, ne sont pas exemptes de tendresse. » (Leer)
« Une fantastique description du monde de l'enfance, dans un style renversant. » (José Antonio Marina)
Fin des années 1970, quatre adolescentes confrontées à la maternité : Sandy, mariée à un paumé de dix-neuf ans peu concerné par son rôle de père ; Tara, produit d’une famille désunie, seule avec son enfant ; Wanda, toujours fêtarde malgré un bébé de trois mois ; Jill, enceinte, et dans la peur de l’annoncer à ses parents.
Un même amour maternel unit ces jeunes filles : leur bébé, c’est leur seule réussite, l’unique preuve de leur importance. Elles le nourrissent, le dorlotent, le déguisent, jouent avec comme à la poupée, le malmènent, aussi. Sur les marches d’une laverie automatique, leur lieu de rendez-vous favori, elles se racontent leurs histoires et parlent télé, cinéma, magazines… Jusqu’à ce que la venue de deux femmes en quête d’enfants fasse basculer ces vies d’une banalité à la fois touchante et terrifiante.
Avec ce premier roman paru en 1981 aux États-Unis, Joyce Maynard signe un subtil portrait – toujours d’actualité – de l’Amérique profonde.
« J’ai grandi sans beaucoup d’illusions. Nous étions raisonnables, réalistes, prosaïques, sans romantisme, nous avions conscience des problèmes sociaux et étions politisés. Les Kennedy étaient les héros de nos contes de fées, l’intégration, la conquête de l’espace et la Bombe les trames de nos premières années scolaires… »
Lorsqu’elle témoigne ainsi sur sa génération, au tout début des années 1970, Joyce Maynard a dix-huit ans. Un article publié dans le New York Times lui avait valu des tonnes de courrier et l’attention de beaucoup, dont celle d’une légende de la littérature, J.D. Salinger, de trente-cinq ans son aîné.
Paru un an plus tard, Une adolescence américaine en est la conséquence et la suite. À la fois mémoire, histoire culturelle, et critique sociale, cette série de courts essais établit, avec un étrange mélange de maturité et de fraîcheur, la chronique d’une adolescence américaine durant cette période charnière. Avec la crise de Cuba, la guerre du Vietnam, Pete Seeger, Joan Baez, Woodstock, les fleurs dans les cheveux, le Watergate, la minijupe, l’herbe. La très jeune auteure se fait aussi l’expert, avec une autorité parfois désarmante encore qu’irrésistible, des problèmes de son âge : l’anorexie, la minceur et le paraître, le rapport entre les sexes, les premières sorties, le Prince charmant boutonneux et la vierge aux pieds plats. Nous donnant, au final, un texte intemporel qui connut à sa parution un succès prodigieux.
«La disparition soudaine, complète, totale, de tout son propre poids, accompagnée et même immédiatement suivie, c’est logique, de la conscience aiguë d’avoir perdu ledit poids de manière si subite. S’éloigner rapidement, de plus en plus rapidement, d’un très bref instant de suspension. Mais nous n’avons pas le temps de spéculer sur cela : d’innombrables souvenirs occupent tout notre être. Ils ne se succèdent ni en ordre chronologique ni par ordre d’importance, ils viennent à notre rencontre depuis toutes les directions, en vrac, eux aussi à une vitesse croissante, épisodes significatifs, futiles, très futiles et très significatifs ; femmes, hommes, enfants, animaux, plantes, fleurs, parfums, autres odeurs, saveurs, une vue d’arbres, l’image d’une vipère qui dévore un crapaud, notre père qui rit, notre mère qui rit, pleure, rit de nouveau puis pleure de nouveau ; les yeux d’un homme que nous avons haï et le pourquoi de cette haine ; les mains d’une femme : la droite qui saisit les doigts de la gauche et les courbe vers le haut, regarde comme j’arrive à les courber, fait sa voix, les femmes arrivent toujours à courber leurs doigts d’une façon incroyable, songeons-nous, ce que nous n’avons jamais su et ne saurons jamais faire, nous, car il n’est plus rien que nous saurons faire : nous nous hâtons de quitter tout et tous, toutes les choses et tous les gens ; tout ce qui n’est pas à nous est déjà derrière nous. Tout est suspendu. Nous tombons. Précisément aujourd’hui, précisément maintenant et par surprise. Et, de fait, nous n’avons pas peur : nous sommes surpris. Nous pensions être prêts et nous avons été pris au dépourvu. Nous étions distraits. Nous devions vivre. Jamais été prêts, songeons-nous en tombant, mais jamais eu ni argent ni peur non plus. Et tandis que la simplicité de notre vie, que nous croyions si compliquée, n’en finit pas de nous surprendre, voici que tout notre poids nous est rendu.»
Treize rassemble pour la première fois toutes les nouvelles de Vitaliano Trevisan. Réunies, elles forment un ouvrage singulier, d’une puissance littéraire exceptionnelle, signé par un des auteurs italiens les plus importants aujourd’hui.
A raw, startling, genre-defying novel of friendship, sex, and love in the new millennium—a compulsive read that's like 'spending a day with your new best friend' (Bookforum)
Reeling from a failed marriage, Sheila, a twentysomething playwright, finds herself unsure of how to live and create. When Margaux, a talented painter and free spirit, and Israel, a sexy and depraved artist, enter her life, Sheila hopes that through close—sometimes too close—observation of her new friend, her new lover, and herself, she might regain her footing in art and life.
Using transcribed conversations, real emails, plus heavy doses of fiction, the brilliant and always innovative Sheila Heti crafts a work that is part literary novel, part self-help manual, and part bawdy confessional. It's a totally shameless and dynamic exploration into the way we live now, which breathes fresh wisdom into the eternal questions: What is the sincerest way to love? What kind of person should you be?
Voir sur vimeo un entretien avec Sheila Heti