Bleu de travail et bleus à l'âme. Tels sont les signes distinctifs de Benassa, le coriace leader syndical de l'usine de câbles Supercavi. Depuis vingt ans, dans chaque manif, chaque grève, les ouvriers ont scandé avec lui : « Un pour tous, tous pour un ! » Mais en Italie comme ailleurs, la loi du marché torpille peu à peu l'unité syndicale et les idéaux révolutionnaires. Le drapeau rouge est en berne et Benassa broie du noir. Ça tombe bien : les patrons aussi en ont assez de cet énergumène et ont décidé de lui faire une offre qui ne se refuse pas...
Entramêlant le récit des quelques jours qui précèdent sa décision, les faits d'armes du syndicat et les portraits savoureux des ouvriers de Supercavi, ce roman d'Antonio Pennacchi compose une peinture drôle et fraternelle de la classe ouvrière.
« Un écrivain qui pratique la littérature comme un art de combat. » Le Monde
« En 1964, je décidai que de tous mes métiers terrestres celui qui me convenait le mieux était le violent métier d’écrivain. » Un journaliste recherche la dépouille de celle qui fut l’icône du peuple et confronte un haut gradé militaire prêt à échanger le secret contre une réhabilitation aux yeux de l’Histoire. Les pensionnaires d’un collège se préparent à l’arrivée du héros qui mettra fin aux jeux sadiques d’un surveillant. Un traducteur de romans policiers suicidé exprime ses doléances dans une lettre d’adieu à son éditeur pourtant convaincu de l’avoir sauvé de l’aliénation du travail manuel. Ancrée dans le long et tumultueux XXe siècle argentin, l’œuvre de Rodolfo Walsh aborde tout en finesse la question des rapports de pouvoir. Chacune de ses nouvelles prend ainsi la forme d’une énigme que seul un renversement des hiérarchies peut résoudre. « L’un des grands moments de la littérature argentine. » Ricardo Piglia
Qui fut Basil Zaharoff ? Un marchand d'armes d'origine grecque, un financier redoutable, un espion ? Tout cela et bien plus, probablement. Une figure de l'ombre, machiavélique, manipulateur, qui sut infléchir le cours de l'Histoire, simplement pour assouvir son goût du pouvoir allié à l'argent. Paris, veille de la Seconde Guerre mondiale. Au Café de la Paix, un jeune journaliste, Philippe Thébaut, rencontre quotidiennement Miguel Tharabon, un vieil anarchiste espagnol ami de Basil - décédé trois ans auparavant -, et objet de tous leurs entretiens. Obsédé par les histoires extravagantes qui auréolent l'aventurier génial, il entend faire la lumière sur le personnage.
Au fil des rendez-vous, il prend la mesure de l'influence du Grec sur les événements politiques et diplomatiques qui jalonnèrent les années 1880 à 1930, et fait émerger une autre facette, inattendue et capitale : sa passion, exclusive, inconditionnelle et clandestine pour María del Pilar, duchesse de Marchena, mariée contre son gré à un Bourbon d'Espagne fou.
Fresque historique aux allures de roman d'espionnage, Film noir multiplie les éclairages sur les zones d'ombre de celui que la presse de l'époque avait surnommé «L'Agent de la mort». Et dessine le portrait paradoxal d'un intrigant des plus charismatiques, engendré, littéralement, par les soubresauts d'une Europe et d'un monde dirigés par les grandes puissances trop sûres d'elles pour voir se profiler le déclin des empires coloniaux qu'annonce le XXe siècle... En suivant les stratégies mégalomanes de Basil, le lecteur, fasciné, touche du doigt le processus inéluctable de l'Histoire.
« Il y a dans le fait d’être insulaire un poids métaphysique, écrit J. C. Llop, car une île est déjà, en soi, un destin. » Et c’est à approfondir ce poids métaphysique que s’attache ce livre.
Dans la cité engloutie, chronique personnelle et familiale, est le portrait d’une ville, Palma, née dans cette Méditerranée où se croisent l’Occident et l’Orient, d’où ce fatalisme sans lequel on ne peut comprendre sa distance souvent ambiguë à l’Histoire. Elle fut en effet une terre d’exil, accueillant tour à tour les persécutés et les persécuteurs de la Seconde Guerre mondiale, sans états d’âme. Avec en toile de fond la mer, son omniprésence, une frontière qui éloigne, qui enferme et qui donne un intolérable sentiment d’étouffement. Mais c’est aussi parce qu’elle isole que l’île attire tant d’étrangers prestigieux, d’Albert Camus à Gertrude Stein ou Juan Miró, d’Ava Gardner à la 6e flotte américaine qui apporte des disques de jazz.
Si tout continental considère les îles comme une promesse de paradis – une maquette du paradis, dit Llop –, le « temps retrouvé » de l’écrivain permet au lecteur de s’immerger dans un territoire secret rongé par la nostalgie, car il n’existe de paradis que perdus. Ce livre exceptionnel, dont le personnage est une île, a été loué par une critique espagnole unanime.
Bartle, 21 ans, est soldat en Irak, à Al Tafar. Depuis l'entraînement, lui et Murph, 18 ans, sont inséparables. Bartle a fait la promesse de le ramener vivant au pays. Une promesse qu'il ne pourra pas tenir... Murphy mourra sous ses yeux et hantera ses rêves de soldat et, plus tard, de vétéran.
Yellow birds nous plonge au coeur des batailles où se déroule la vie du régiment conduit par le sergent Sterling. On découvre alors les dangers auxquels les soldats sont exposés quotidiennement. Et le retour impossible à la vie civile.
Kevin Powers livre un roman fascinant sur l'absurdité de la guerre, avec une force aussi réaliste que poétique.
« Ce roman, dont le mode de narration fait penser au meilleur du cinéma contemporain, met en scène des personnages saisissants. Son vrai sujet est bel et bien l'identité israélienne et il devrait devenir un livre de référence pour la nouvelle génération. » Haaretz
Na'omi, Tamar et Sasha. Trois femmes, trois générations, trois regards sur la société israélienne d'aujourd'hui, dans un premier roman obsédant qui révèle une nouvelle voix.
Qu'il pleuve ou qu'il vente, Na'omi arpente inlassablement la route entre Saint-Jean-d'Acre et Haïfa. Depuis la mort de son fils Amos, elle a perdu la tête. Intriguée par cette vieille femme qui refuse toute aumône, la jeune Tamar, hantée elle aussi, mais par la disparition de sa soeur, est loin d'imaginer qu'elle a un lien avec elle. Tout comme Sacha qui, fuyant le comportement de son insupportable soeur, une actrice de films X, se révèle liée par le hasard aux deux autres femmes...
Sous la plume de Kalanit W. Ochayon, dans une langue moderne et singulière, Na'omi, Tamar et Sasha racontent tour à tour leur parcours blessé et chaotique, évoquant toute la complexité de l'identité israélienne.
Trente ans après L’Invention de la solitude, Paul Auster pose sur son existence le regard du sexagénaire qu’il est devenu. Bien loin, cependant, du journal intime ou du classique récit autobiographique, cette Chronique d’hiver aborde la méditation sur la fuite du temps sous l’angle du compagnonnage que tout individu entretient avec son propre corps.
C’est en effet de respiration, de sensation, de jouissance ou de souffrance, d’épiphanies charnelles ou de confrontations plus ou moins traumatiques avec la matière du monde qu’il est question à travers l’évocation, à la deuxième personne, d’un simple petit Américain du nom de Paul Auster, né dans l’immédiat après-guerre, et requis d’apprivoiser les espaces et le temps qui lui ont été impartis.
Dans ces pages aussi sincères que retenues, Paul Auster se décrit moins en littérateur qu’en acteur convoqué sur la scène troublée de l’existence pour y incarner, à son tour, toute l’ardeur des passions humaines.
De cet homme-cicatrice dont le corps exulte ou somatise, de ce fils hanté par la mort prématurée de son père et tourmenté par le destin chaotique de sa mère, de l’heureux citoyen de Brooklyn, époux et père aujourd’hui comblé, de cet héritier d’une lointaine Europe, amateur de baseball, fumeur invétéré et romancier fécond, de cet homme, enfin, qui souffre de ne pouvoir ou de ne savoir pleurer, le lecteur entendra ici le “grain de la voix” surgissant du savant puzzle où se déconstruit toute représentation univoque du moi afin que se produise, sous le signe d’une humanité partagée, la plus loyale des rencontres.
« À couper le souffle. Ne le ratez pas. » El País
Quand Gabriel de la Cruz Exposito, orphelin, déménageur et joueur impénitent, disparaît de Barcelone, ses quatre fils naturels dispersés à Londres, Paris ou Francfort vont se retrouver à son domicile pour faire connaissance et retracer la vie de ce père qu'ils ont à peine connu.
Peu à peu se dessine l'existence fragmentée d'un personnage fantasque et insaisissable, séduisant et mystérieux, que n'ont pas oublié les femmes qu'il a aimées.
Bagages perdus est aussi le miroir fidèle des années 1960 et 1970, durant lesquelles l'Espagne franquiste vivait isolée d'une Europe en pleine effervescence culturelle et sociale. Dans la pure tradition des romans picaresques, voici le récit réaliste et savoureux d'une histoire familiale rocambolesque.
«Mercredi, ils ont arrêté le professeur Santos. Rien d'exceptionnel par les temps qui courent.
Sauf que le professeur Santos est mon père. Et, chose étrange, lorsque les deux hommes ont emmené papa, tous les garçons de la classe ont tourné les yeux vers moi. Je suis sûr qu'ils pensaient que j'avais peur. Ou que j'aurais dû bondir sur ces hommes pour les empêcher d'emmener mon père. Mais, avec le professeur Santos, nous avions prévu cette situation. Nous lui avions même donné le nom d'une figure de syllogisme. Nous l'appelions la situation 'Baroco' : s'ils venaient arrêter papa sous les yeux de témoins pour l'emprisonner, cela signifiait qu'ils ne pouvaient pas le faire disparaître comme les autres...»
En 1988, à quelques semaines du référendum convoqué par le général Pinochet, le peuple chilien s'est organisé pour dire NON.
Les Jours de l'arc-en-ciel n'est en rien le récit d'événements politiques : il retrace comment, grâce à l'imagination, à l'humour et à la musique, toutes les forces de gauche, unies sous une bannière arc-en-ciel, ont ouvert le chemin de la liberté dans un pays condamné au silence par la dictature.
Un message d'espoir, nous dit l'auteur, qui se souvient des paroles de Violeta Parra : «Gracias a la vida...»
No !, un film de Pablo Larraín tiré de ce roman, a été sélectionné pour les Oscars.
Il n’est pas facile d’entretenir une relation adultérine quand on est fonctionnaire au sein d’une institution culturelle sous le règne de Ceau& escu, dans la Roumanie des années soixante-dix. La politique s’infiltre partout, que ce soit dans les bureaux et les couloirs de l’Édifice où travaillent Letitia Arcan et Sorin Olaru, à l’ombre de la statue de Lénine, ou dans l’appartement miteux que leur prête un ami en banlieue pour leurs ébats. Sorin cherche l’amour et Letitia une échappatoire à sa vie conjugale décevante, mais tous deux ne parviennent à oublier ni les contraintes du système ni les risques liés à leurs «dossiers personnels». Le passé de leurs familles, dont l’une fut engagée en faveur des légionnaires, l’autre simplement bourgeoise, risque de rendre leur ascension problématique au sein du Parti.
À travers ce couple et la multitude des personnages secondaires qui gravitent autour, Situation provisoire nous plonge dans l’univers quasi kafkaïen des fonctionnaires du régime de la Roumanie communiste, mais le roman évoque également avec beaucoup de justesse les années qui ont précédé l’arrivée de Ceau& escu. Sur un plan plus général, Gabriela Adame& teanu parvient à sonder la tristesse de nos existences marquées par le mensonge et la trahison. Son regard très aiguisé sur la comédie humaine trouve son expression dans une écriture très fluide et une narration parfaitement maîtrisée.