On rencontrera, dans les textes qui composent ce recueil, des hommes méditatifs pistant, presque malgré eux, des femmes incompréhensibles (Baader-Meinhof, La Famélique), un mari fidèle qui, bloqué sur une île caribéenne par un avion qui n'arrive pas, finit par tuer le temps en séduisant une passagère comme lui en stand-by (Création), une jeune femme tétanisée par les répliques annoncées d'un tremblement de terre en Grèce (L'Acrobate d'ivoire) ou un banal joggeur dont l'enlèvement d'un enfant sous les yeux de sa mère vient perturber l'immuable parcours (Le Coureur). Ailleurs, dans Le Marteau et la Faucille, la crise des subprimes et ses conséquences sur le marché mondial se voient, dans le cadre d'un très surprenant programme pédagogique, déclinées à la télévision par deux fillettes devant un parterre médusé de détenus aux allures de Madoff.
Qu'il lance ses personnages en orbite autour de la Terre (ainsi des astronautes de Moments humains dans la Troisième Guerre mondiale), les fasse évoluer dans les quartiers déshérités de New York (L'Ange Esmeralda), ou retourne contre eux les divertissements inoffensifs auxquels ils croyaient se livrer (Dostoïevski à minuit), Don DeLillo, de dialogues elliptiques et cryptés en rencontres décalées, met en scène des individus victimes de silencieuses catastrophes où s'abîme l'inquiète charade de leurs existences.
Avec ces nouvelles écrites entre 1979 et 2011, Don DeLillo propose une variation aussi magistrale que singulière sur l'intranquillité à l'oeuvre chez l'homme contemporain tentant de s'adapter, à travers une paranoïaque recherche de sens, au sentiment d'insécurité qui gouverne sa vie aussi fragile qu'illisible.
Quatre ans après la publication du Dernier stade de la soif, Frederick Exley [1929-1992], qui s'imaginait déjà payer les traites d'une luxueuse chevrolet, continue pourtant de traîner ses sous-vêtements sales et sa folie ordinaire aux quatre coins du pays. De l'île de Singer, peuplée d'adolescents nonchalants et de losers fêlés, au prestigieux atelier d'écriture de l'Iowa où il est censé enseigner, il poursuit la grande entreprise de démolition de sa propre vie au coeur d'une Amérique hypocrite et ingrate. Capricieux, grossier et sans une once de remords, il développe une nouvelle obsession : l'écrivain Edmund Wilson, tout juste décédé. Partageant avec ce dernier une foi inébranlable en l'écriture et une capacité hallucinante à boire, Exley trouve en Wilson un homme à révérer et une carrière à laquelle, sur l'échelle du désastre, mesurer la sienne. Dans ce vrai-faux journal, cru et sans fioritures, il consigne sa colère et son insatiable faim de littérature. Ce livre n'est pas la suite du Dernier stade de la soif, c'est un instantané des années 1970, traversé de dérives, de deuils et de transgressions. C'est la quête sans compromission d'un écrivain prêt à tout pour achever son manuscrit. C'est surtout la tentative ambitieuse et désespérée d'un homme de se soustraire à ce qu'il nomme le chagrin universel.
« Sept histoires habilement composées, précises, sensuelles, nourries d'adrénaline, traversées par une sensation de violence sans cesse latente. » Helen Simpson, The Guardian
« Ces histoires nous prennent toujours au dépourvu, contrariant les attentes dramatiques les plus évidentes... et en deviennent ainsi d'autant plus dramatiques. Cette prose est magnifique. » The Times
« Les prouesses de l'écriture de Sarah Hall, déjà justement célébrées par le passé, sont d'autant plus perceptibles au fil de ce recueil. Elle évoque les lieux, les paysages, avec talent et sensualité... Les changements de narration d'une histoire à l'autre sont aussi maîtrisés que saisissants. » Jodie Mullish, The Telegraph
« Sarah Hall est une artiste au talent aussi considérable que concis. Chaque histoire est un bijou. Ainsi rassemblées, elles constituent un recueil au pouvoir extraordinairement sensuel. » The Sunday Times
Les deux premiers journaux de Max Frisch sont des œuvres littéraires à part entière, conçues comme un genre en soi, et revues et publiées de son vivant. Le cas du troisième journal est différent. Le tapuscrit a été retrouvé dans les archives de Max Frisch, alors que l'auteur l’avait clairement laissé de côté (d'où son titre). Max Frisch commence ce « journal » en forme d’aphorismes et de récits brefs au début des années 1980 et le rédige jusqu’à son décès en 1991. Portraits de ville, récits de la vie aux Etats-Unis, indignations et coups de tendresse alternent dans une langue superbe, parfois fulminante. Réflexion sur l’affrontement entre deux mondes, la Suisse et les Etats-Unis, c’est aussi et surtout le récit d’un cheminement vers la mort, dont Frisch ne cesse de se demander comment elle va venir, quand elle va surgir. Ce dernier texte littéraire de l’auteur est un testament d’une grande noirceur, qui parle de la vanité de l’écrivain ne s’adressant qu’à sa génération, juge sévèrement sa dernière œuvre, Barbe-Bleue, et doute de sa postérité. Ce qui n’empêche pas l’humour, ou des fragments oniriques : Frisch dessine sa maison rêvée, peint la vie qui s’y déroule et parle aux morts sur sa véranda...
Max Frisch, né et mort à Zurich (1911-1997), est un écrivain majeur de la Suisse de l’après-guerre. Architecte de formation, journaliste, grand voyageur, il est l’auteur de plusieurs romans, dont le célèbre Homo Faber (Gallimard), de pièces de théâtre et d’un Journal. Stiller (Grasset, 2009) est tenu pour une œuvre capitale.
En 2009, le magazine Time envoie Nick Mc Donnell, alors âgé de 25 ans, sur le front irakien. Accompagnant la première Division de cavalerie américaine jusqu'à Bagdad et Mossoul, il nous offre une description aussi intense que stupéfiante de tous ses acteurs - depuis les interprètes mal vus par la population jusqu'aux fantassins essayant tant bien que mal de rendre utiles leurs missions anti-insurrectionnelles, en passant par les commandants endurcis aussi insensibles devant les journalistes américains que face aux responsables irakiens. Associant analyse percutante et compte rendu d'une réalité apocalyptique, McDonell porte un regard amer et ironique sur la célèbre phrase de George W. Bush lors de son discours intitulé «Mission Accomplie», en 2003 : «Je déclare la fin des combats militaires en Irak.»
Mike Teak est un diplômé de Harvard comme les autres - du moins en apparence. Sportif de haut niveau, issu d'une famille aisée, il est recruté pour intégrer les services secrets américains. Lors d'une mission de routine, il est envoyé dans un village somalien pour livrer de l'argent et un téléphone à Hatashil, un guerrier orphelin devenu chef des rebelles. Mais quelques minutes après leur rencontre, des missiles déciment le village. Si Mike réchappe de justesse à l'attaque, le cours de sa vie en sera changé pour toujours.
À mi-chemin entre le monde universitaire et la realpolitik, entre les clubs élitistes de Harvard et les pistes poussiéreuses de Somalie, Le Prix à payer est une histoire d'amour et de corruption, de trahison et de violence. Un portrait cinglant et sans concession de l'Amérique comme McDonell en a le secret.
Un livre merveilleux, émouvant et plein de finesse.
Qui se souvient de Kurt Gerron, de son destin inouï et tragique ? Né dans une famille juive à Berlin en 1897, il est le comédien, le metteur en scène et le réalisateur le mieux payé d'avant-guerre (L'Opéra de quat'sous avec Brecht, L'Ange Bleu avec Marlene Dietrich). Courtisé par Hollywood, il refuse de partir. La Gestapo l'arrête en 1940. Comme beaucoup d'autres artistes juifs, il est enfermé au camp de Theresienstadt. Là, Rahm, Obersturmführer SS, lui commande un film de propagande sur la vie du camp : Le Führer offre une ville aux Juifs.
Pourquoi Gerron accepte-t-il de tourner ce film ? C'est la question récurrente et aussi le point de départ de ce roman vrai. Le pacte que conclut Gerron livrera à jamais au monde une image ignoble et mensongère, déformera la vie qu'il a connue à l'intérieur de Theresienstadt, bafouera la souffrance et l'horreur vécues par tant de milliers de gens. Son film sera une trahison, jusque dans la promesse de lui valoir la vie sauve.
« Gerron est un trésor de l'Histoire. » NDR Fernsehen, Kulturjournal
« La manière dont Lewinsky utilise la voix de Gerron, à la fois brève et détaillée, le ton plaisant et secret du dialecte juif berlinois de l'époque, sont un véritable miracle littéraire. » NZZ am Sonntag
« Dans ce roman brillant, à la fois touchant et angoissant, Charles Lewinsky retrace l'incroyable histoire de la vie de cette star du cinéma que fut Kurt Gerron. Un texte sur la puissance de la conscience et la force de l'amour. » Dresdner Morgenpost
« D'une voix de velours, Gerron nous révèle un pan tragique de l'Empire allemand. » Kölnische Rundschau
« Kurt Gerron a été arraché à l'oubli ; la lumière a été faite sur la tragédie de sa vie, ce qui n'est pas un petit mérite. » Darmstädter Echo
« Une histoire d'amour. Incontestablement. Charles Lewinsky sait raconter comme nul autre, comme s'il était Kurt Gerron, la banalité de ces personnages qui, au bord du gouffre, arrivent néanmoins à se surpasser. » Die Welt
« Un roman captivant. » Tages Anzeiger
Le jour de ses neuf ans, Rose Edelstein mord avec délice dans le gâteau au citron préparé pour l’occasion. S’ensuit une incroyable révélation : elle ressent précisément l’émotion éprouvée par sa mère, alors qu’elle assemblait les couches de génoise et de crème. Sous la douceur la plus exquise, Rose perçoit le désespoir. Ce bouleversement va entraîner la petite fille dans une enquête sur sa famille. Car, chez les Edelstein, tous disposent d’un pouvoir embarrassant : odorat surpuissant ou capacité de se fondre dans le décor au point de disparaître. Pour ces superhéros du quotidien, ce don est un fardeau. Chacun pense être affligé d’un mal unique, d’un pouvoir qu’il faut passer sous silence. Comment vivre lorsque les petits arrangements avec la vérité sont impossibles ? Comment supporter le monde lorsque la moindre bouchée provoque un séisme intérieur ?
Comme le singulier gâteau de Rose, les livres d’Aimee Bender sont recouverts d’un succulent glaçage, fait d’humour et de fantaisie. Dans ce texte plein de charme, proche des films de Wes Anderson, elle met l’imagination au pouvoir et prouve qu’elle est l’un des auteurs les plus originaux du paysage littéraire américain.
Aimee Bender vit à Los Angeles. Après un roman (L’Ombre de moi-même) et deux recueils de nouvelles (La Fille en jupe inflammable et Des créatures obstinées) publiés aux Éditions de l’Olivier, elle a connu un grand succès aux États-Unis avec La Singulière Tristesse du gâteau au citron.
Le Général Dann, que les lecteurs ont connu enfant avec sa soeur Mara sur un continent dévasté par une terrible sécheresse, est maintenant un leader respecté et écouté de tous, affrontant un monde glacial et encore plus impitoyable qu'avant. Dans ce nouvel opus, notre héros poursuit son odyssée vers le nord, là où on dit qu'il y a de l'eau, là où, peut-être, la civilisation subsiste. Mais le voyage à travers les étendues glacées sera rude. Doris Lessing nous livre un roman visionnaire au message écologique sensible et percutant, qui marquera les esprits en ces temps de changements climatiques et de prévisions apocalyptiques.
« Un roman dérangeant et fascinant - version nihiliste du Seigneur des anneaux, avec un héros digne d'une tragédie de Shakespeare. »
Financial Times
« Une fable onirique, obsédante et troublante, qui porte en elle la force des grands récits mythologiques. » The Observer
Dans un écrin de verdure à la périphérie de Buenos Aires, un « country club » ultra-protégé, un homme est trouvé la gorge tranchée. Tout porterait à croire qu'il s'agit d'un suicide si, quelques années auparavant, son épouse n'avait connu le même sort.
La presse s'empare de l'événement et le journal El Tri-buno dépêche sur place l'écrivain Nurit Iscar, qui va livrer des chroniques depuis l'intérieur du « sanctuaire ».
Au sein de la rédaction, l'affaire est suivie par un novice de la rubrique Faits divers épaulé en sous-main par le vétéran du service récemment muté.
Au rythme des meurtres qui s'accumulent, les trois comparses constatent que leurs propres déductions sont étrangement éloignées de celles de l'inspecteur en charge de l'affaire.
Les étapes de l'enquête, minutieusement concomitantes de choix de vie décisifs pour les protagonistes, donnent lieu à une chronique diablement pertinente des forces en présence dans la société argentine contemporaine : une presse inféodée au pouvoir, des forces de sécurité garantes du crime organisé, une caste de privilégiés omnipotents.
La voie choisie par chacun le conduit à opter pour une forme d'éthique, intime ou professionnelle. Et pour cette observatrice attentive et empathique qu'est Claudia Piñeiro, c'est bien la conjugaison de ces différentes alternatives, si insignifiantes qu'elles puissent paraître à l'échelle macroscopique, qui infléchit les valeurs d'une société.