«Les représentations étrusques ont quelque chose de poignant. Ces léopards qui tirent leur longue langue ; ces hippocampes qui vont flottant ; ces daims mouchetés qui voudraient esquiver le coup au flanc ou à l'encolure : voilà qu'ils s'insinuent dans notre imagination pour ne plus en partir. Nous revoyons le profil ondoyant de la mer, les dauphins qui bondissent en virgule, le plongeur en sa chute si précise, le petit homme qui derrière lui gravit si vivement la roche... et puis, ces hommes barbus mi-allongés sur les lits de banquet, cette façon qu'ils ont de brandir l'oeuf mystérieux ! et ces femmes à la coiffure conique, quelle étrange manière elles ont de se pencher en avant pour des caresses dont nous ne savons plus rien ! Et c'est gaiement que les esclaves nus se baissent pour saisir les jarres de vin. Leur nudité est leur vêtement même, plus facile à porter qu'une étoffe... [...] C'est comme si un courant puissant venu de quelque vie différente les traversait de part en part, sans rien de commun avec le courant superficiel qui nous anime aujourd'hui ; comme si les Étrusques tiraient leur vitalité de profondeurs inconnues dont l'accès nous est désormais refusé.»
Dictation, the latest work of fiction from Cynthia Ozick, brings together four long stories that showcase her sly humor and piercing insight into the human heart. The title story imagines a fateful meeting between the secretaries to Henry James and Joseph Conrad at the peak of their fame. Timid Miss Hallowes, who types for Conrad, comes under the influence of Jame's Miss Bosanquet, high-spirited, flirtatious, and scheming. In a masterstroke of genius, Ozick hatches a plot between them to insert themselves into literary posterity.
Each story in the collection starts in the comic mode, with heroes who suffer from willful self-deceit. From self-deception, these not-so-innocents proceed to deceive others, who don't take it lightly. Revenge is the consequence - and for the reader, a delicious if dark recognition of emotional truth.
La caisse de livres est descendue du camion, et souvent reçue avec des larmes. «Tous ces livres ? Pour nous ? Rien que pour nous ?»
La bibliothèque est peut-être une petite case, équipée de quelques rayonnages, mais le plus souvent c'est une planche posée sur de vieilles caisses. Sur ces planches, les livres sont disposés avec déférence. Un bibliothécaire a été choisi pour son honnêteté tout autant que pour ses cinq ou six années de scolarité. Un cahier auquel est attaché un crayon servira à enregistrer les emprunts. Mais il n'y a pas que ce village, d'autres villages voisins profiteront eux aussi de cette manne. Ils ont déjà dépêché des émissaires : s'il vous plaît, partagez vos livres avec nous. Mais il n'y a que cinquante volumes, peut-être une centaine.
Doris Lessing
Anglaise née en 1919 en Perse, Doris Lessing a reçu le prix Nobel de littérature en 2007. Femme de lettres engagée et militante anti-colonialiste, anti-apartheid, féministe, son enfance en Afrique (en Rhodésie, devenue Zimbabwe) inspire une partie de son oeuvre dont ce texte très politique est un éclat. Elle connaît en 1962 un succès mondial avec le Carnet d'or.
«Doris Lessing pose aux lecteurs des questions fondamentales sur leur rôle et leur responsabilité dans le monde. Pour elle, être lecteur est une prise de pouvoir, un acte révolutionnaire qui permet d'accéder à la mémoire du monde, d'être un citoyen dans le sens le plus profond du mot.» Alberto Manguel
Une bande de comédiens perdus au coeur de l'Illinois, des punks à un concert de Keith Jarrett, la tragédie du Jeopardy, un épisode christique dans le désert : dans ces dix nouvelles, Wallace rend le familier étrange, le bizarre normal et l'absurde hilarant. Et développe le programme thématique et littéraire d'Infinite Jest.
David Foster Wallace met la nouvelle à l'envers et sens dessus dessous. Il fait paraître blasés les adjectifs « inventif », « unique » et « original ». T.C. Boyle
L'esprit le plus brillant de sa génération.
New York Times
« C'est l'histoire de deux jeunes poissons qui nagent et croisent le chemin d'un poisson plus âgé qui leur fait signe de la tête et leur dit, ' Salut, les garçons. L'eau est bonne ? '
Les deux jeunes poissons nagent encore un moment, puis l'un regarde l'autre et fait, ' Tu sais ce que c'est, toi, l'eau ? ' »
Dans cette courte allocution, Wallace distille une leçon de vie profonde et pleine d'esprit. Il nous offre ces mots comme des outils pour vivre au quotidien, ouverts au monde.
Qu’est-ce que C ?
Une initiale : C comme C arrefax (le personnage principal), comme le c yanure avec lequel se suicide sa sœur bien-aimée, comme la c ocaïne dont il abuse. Comme lord C arnavon , le célèbre égyptologue qui, dit-on, mourut victime de la « malédiction du pharaon » (il s’agissait de Toutankhamon). C comme c ommunication, puisque c’est là l’un des principaux thèmes de ce livre.
Car C est d’abord un roman époustouflant, dans la veine des premiers Thomas Pynchon, c’est-à-dire à la fois très narratif et complètement avant-gardiste. Tour à tour aviateur, spécialiste de la télégraphie sans fil, espion, lecteur du Livre des Morts égyptien et intéressé par le spiritisme et ses adeptes (qui prétendent communiquer avec l’au-delà), Serge Carrefax a aussi quelques points communs avec l’ « Homme aux loups », qui fut l’un des plus célèbres patients de Sigmund Freud. Son histoire s’achève en 1922, année de publication, nous rappelle l’auteur, d’ Ulysse de Joyce et de La terre vaine de T.S. Eliot.
Car C est aussi une réflexion sur le roman contemporain, sur sa capacité à s’affranchir du naturalisme et à interroger le sens même de l’entreprise romanesque.
Au coeur de cette saga règne l'Ibis, ancien transporteur d'esclaves converti en navire marchand. Partant de Baltimore, il rejoint Calcutta pour embarquer des coolies attendus à l'île Maurice. L'équipage est un assemblage hétéroclite de lascars et d'officiers anglo-saxons. Parmi eux se trouve Zachary Reid, mulâtre que tous prennent pour un Blanc et qui risque gros si la vérité était connue. À fond de cale se cache Paulette, une orpheline française fuyant un mariage arrangé. Autour d'elle s'entassent des paysans indiens chassés par la misère. Deeti, une veuve ayant échappé au bûcher funéraire, s'efforce de leur insuffler l'espoir.
Dans un avenir qu'ils n'envisagent pas et un ailleurs qui les terrifie, ces individus si attachants donneront naissance à une dynastie mêlant les croyances, les races et les langues. Car la langue est la grande héroïne de ce roman. Venus de tous les horizons, les personnages parlent un anglais métissé de bengali, de bhojpuri et de chinois, ou encore de français et de lascari. Savoureux, audacieux et d'une extraordinaire vigueur. Un océan de pavots est le chef-d'oeuvre de l'un des écrivains les plus importants de l'Inde contemporaine.
Une fille rencontre un garçon. Ils s'aiment. C'est la plus belle et la plus banale histoire du monde.
Sous la plume magique d'Ali Smith, le conte devient militant. Car l'auteur d'Hôtel Univers a introduit une variante : une fille rencontre une fille. Elles s'aiment. C'est la plus belle et la plus banale histoire du monde. Mais la réalité n'est jamais si simple, même dans les contes.
Midge et Anthea sont soeurs. Elles travaillent chez Pure, une puissante multinationale. Au premier regard, Anthea tombe amoureuse de la jeune Robin. La découverte de l'homosexualité d'Anthea bouleverse les certitudes de sa soeur. Et lorsqu'elle rencontre Paul, le trouble est encore plus fort. Paul est attirant, gracile, délicat. Paul est un garçon. Mais il ressemble à une fille.
Girl meets boy est un livre poétique et plein d'humour, qui revisite Les Métamorphoses d'Ovide et s'amuse à brouiller les pistes du masculin / féminin.
Henry, romancier à succès, a décidé qu'il n'écrirait plus. Jusqu'au jour où il reçoit un extrait d'une pièce de théâtre accompagné d'un mot lui demandant son aide. L'auteur, un taxidermiste étrange et manipulateur, lui présente ses curieux personnages : Béatrice et Virgile, une ânesse et un singe empaillés. À mesure qu'il découvre la pièce, Henry est hanté par les expériences traumatisantes qu'endurent les deux animaux. Au point d'en voir sa vie bouleversée.
Véritable réflexion sur le Mal, Béatrice et Virgile est un roman dérangeant. Avec toute l'intelligence et l'originalité qui ont fait le succès international de L'Histoire de Pi, Yann Martel nous entraîne dans une fable obsédante et inoubliable.
« Martel fait passer avec brio son lecteur de la gaieté trompeuse du début aux ténèbres terrifiantes de la boutique du vieil homme et du passé européen. Un roman qui laisse le lecteur choqué, surpris et ému. » USA Today
À New York, par une nuit d'hiver, deux jeunes garçons passionnés de science-fiction construisent une planète de neige pour une jeune fille extraordinairement belle qui les regarde derrière sa fenêtre. Le souvenir de ce moment d'amour absolu les maintiendra unis alors que leurs routes se séparent et que chacun vit dans des temps différents et des mondes éloignés.
Exécuteur testamentaire d'un certain Warren Wilbur Zack, un écrivain de science-fiction mal compris de son époque mais auteur d'un roman légendaire, Isaac Goldman écrit des scénarios pour la télévision et rêve de lents couchers de soleil. Ezra Leventhal, parti pour de lointaines planètes, participe presque simultanément à l'explosion de la première bombe atomique, à la guerre en Irak et aux attentats du 11 Septembre.
Dépassé par le présent, le futur n'est plus qu'une multitude de fins possibles, autant d'apocalypses auxquelles Isaac et Ezra n'échapperont que grâce à la plénitude d'un instant de neige et d'immortalité.
Kurt Vonnegut, Philip K. Dick, John Cheever, Stanislas Lem traversent en filigrane ce merveilleux roman, très novateur et terriblement borgésien.