Rachel

Rachel
Guelassimov Andreï
Ed. Actes Sud

Andréï Guelassimov a choisi de raconter la vie d'un 'homme ordinaire'. Celle d'un professeur d'université vieillissant, Sviatoslav Semionovitch Kaufman, père juif et mère russe - ce qui n'est pas rien quand on est né en Union soviétique.

Trois fois marié. D'abord avec Liouba ('sa' Rachel) quand, doctorant spécialiste de Scott Fitzgerald, il devait travailler comme infirmier dans un hôpital psychiatrique et vivait pleinement les mythiques années 1960. C'est à cette l'époque, où les jeunes Soviétiques découvraient le jazz, le rock et Hemingway, qu'il rencontre Véra, sa seconde épouse, dont il aura un fils.

Bien plus tard, Natalia, une jeune étudiante, lui fait perdre la tête avant de lui préférer un agent du KGB. Ce qui n'est pas très bon pour le moral, on en conviendra.

Le moral, notre professeur, ne l'a pas vraiment. Il est cardiaque - sa belle-fille, quelque peu délurée et voleuse à l'étalage, veille sur lui -, supporte très mal la trahison de sa jeune épouse, oublie d'être russe dans une veillée funèbre et juif à un enterrement... Bref, toujours un peu à côté de la plaque.

Andreï Guelassimov s'est essayé avec bonheur dans ce roman à une narration en miroir qui tresse références bibliques, drame familial, réflexions sur la vieillesse...

Point oméga

Point oméga
DeLillo Don
Ed. Actes Sud

New York. Depuis plusieurs jours, un homme vient, seul, assister, dans une salle du MOMA, à la projection au ralenti du film d'Hitchcock Psychose, proposée, sous le titre 24 Hour Psycho, par le plasticien Douglas Gordon.

Bien loin de là, en plein désert, le taciturne Richard Elster, universitaire à la retraite, accueille avec réticence chez lui le jeune cinéaste Jim Finley qu'intéresse la collaboration scientifique apportée par ce spécialiste de la 'loi de l'extinction' au Pentagone pendant la guerre d'Irak. Les deux hommes sont rejoints dans leur solitude par Jessie, la fille d'Elster...

Des images étirées à l'infini du film d'Hitchcock aux mots, toujours plus rares, qu'échangent trois personnages déconnectés du monde face aux illisibles étendues du désert, Point Oméga invite à faire l'expérience de perceptions inédites à la faveur d'une temporalité mutante, et à prendre la mesure secrète du monde.

Plus énigmatique que n'importe quel secret-défense, plus assourdissant que le fracas des guerres, ce roman en forme d'arrêt sur image édicte la sidération du signe face à la langue impitoyablement étrangère que, depuis les origines, profère la matière qui donne forme à l'univers.

 

Toute une histoire

Toute une histoire
el Cheikh Hanan
Ed. Actes Sud

Dans ce récit tendre et drôle à la fois, Hanan el-Cheikh rapporte avec une scrupuleuse fidélité les confessions de sa mère analphabète, Kamleh, née au début des années 1930 dans une famille chiite extrêmement pauvre, au Sud-Liban.

Après la mort prématurée de sa grande soeur, Kamleh est promise à son beau-frère alors qu'elle n'a que onze ans. Dans le quartier populaire de Beyrouth où elle s'installe avec la famille de son futur mari, elle est placée comme apprentie chez une couturière et tombe amoureuse du cousin de cette dernière, Mohamed, un jeune lettré féru de poésie. Forcée à quatorze ans de se marier avec son fiancé, Kamleh a une fille l'année suivante, puis une seconde, Hanan, trois ans plus tard, mais reste follement éprise du beau Mohamed. Elle échange avec lui des lettres enflammées qu'elle se fait écrire et lire par ses amies, s'identifie aux héroïnes du cinéma égyptien, se grise des paroles ardentes des chansons à la mode. Elle va surtout, bravant tous les usages, tenter d'obtenir le divorce, au risque d'être séparée de ses filles...

Portrait finement dessiné d'une femme du peuple, rusée, truculente, enjouée, ce récit a été salué à sa parution, en arabe puis en anglais, par une presse unanime.

 

Corpus delicti. Un procès

Corpus delicti. Un procès
Zeh Juli
Ed. Actes Sud

Nous sommes en 2057 et tout est propre. Pour le bien et la santé de tous, l'Etat a instauré la Méthode, qui exige de la population qu'elle se conforme à une série de contrôles et de règles préventives.

Mia, une jeune biologiste, ne fait soudain plus de sport et omet d'informer les autorités sur ce qu'elle consomme. On la convoque au tribunal afin qu'elle se justifie.

Bientôt soupçonnée de sympathiser avec le groupe Droit à la maladie, auquel appartenait son frère avant de mourir dans des circonstances mystérieuses, Mia glisse peu à peu dans les procédures de la Méthode. Le journaliste de télévision qui s'intéresse à elle et lui donne la possibilité de s'expliquer saura-t-il l'aider ?

Avec l'intelligence et l'habileté qu'on lui connaît, Juli Zeh nous offre un récit rythmé, percutant, sur l'obsession sanitaire qui prend forme à notre insu.

Crépuscule irlandais

Crépuscule irlandais
O'Brien Edna
Ed. Sabine Wespieser

Crépuscule irlandais. Edna O'Brien écrit ici le roman tumultueux et enfiévré de l'amour maternel. Il faudra un long chemin à Eleanora pour comprendre la vraie nature de sa mère, Dilly, qui pour elle avait toujours représenté le poids de la morale et de la tradition.

Dilly avait eu beau vouloir dans sa jeunesse échapper à son destin de fille d'Irlande, elle était revenue au pays, résignée, et s'était mariée, après sa tentative avortée de fuite aux États-Unis. Sa fascination pour New York, son premier travail comme bonne à tout faire, et puis le rêve qui tourne court et, dès son retour, l'installation à Rusheen, cette campagne perdue où elle a vécu la majeure partie de sa vie : elle a tout le temps de se les remémorer dans l'hôpital de Dublin où elle attend un diagnostic. Âgée et malade, elle ne désire plus qu'une visite de sa fille, à qui elle n'a jamais cessé d'envoyer des lettres aimantes et fascinées.

Eleanora, elle, a fui très jeune pour Londres l'étouffante campagne irlandaise. Elle y est désormais célèbre et détestée pour ses romans sulfureux. Quand enfin elle se rend au chevet de sa mère, c'est en coup de vent : elle prétexte un rendez-vous, et part retrouver un amant. Dans sa précipitation, elle oublie son journal intime...

Quand elle s'en aperçoit, sa panique est vaine : la vie affranchie et passionnée qu'elle y consigne a sans doute tendu à sa mère un troublant miroir où celle-ci a pu reconnaître l'ombre de ses désirs passés. Eleanora découvrira, trop tard, la dimension de l'amour que lui vouait Dilly.

Délivrez-nous du mal

Délivrez-nous du mal
Meneghello Luigi
Ed. Eclat

Libera nos a malo («Délivrez-nous du mal») (1963) est le roman du pays de Malo (Vénétie), des années 1920 jusqu'à l'après-guerre. Mosaïque de récits drolatiques d'une enfance italienne sous le fascisme, bribes de fictions et d'épopées autobiographiques, digressions philologiques et burlesques sur la religion, les courses de bicyclettes, l'amitié, les petites amoureuses ou la mort, le livre nous révèle une Italie disparue dont le héros est la langue. Cette langue minuscule de Malo, dont l'extraordinaire richesse vient télescoper l'italien officiel des instances de pouvoir et dire l'universalité des récits de l'enfance et du souvenir.

 

Oeuvres complètes, vol. 2. Parlez-moi d'amour

Oeuvres complètes, vol. 2. Parlez-moi d'amour
Carver Raymond
Ed. L'Olivier

« J'ai vu pas mal de choses dans ma vie. Une fois j'allais chez ma mère pour y passer quelques nuits. En arrivant sur le seuil, j'ai jeté un coup d'oeil et je l'ai vue, assise sur le canapé, en train d'embrasser un homme. C'était l'été. La porte était ouverte. La télé était allumée. Voilà une des choses que j'ai vues. » Monsieur le Bricoleur

Raymond Carver a quarante-trois ans lorsque Parlez-moi d'amour (What We Talk About When We Talk About Love) paraît aux États-Unis.

L'éditeur Gordon Lish, qui est alors un des gourous de la scène littéraire new-yorkaise, a déjà fait publier plusieurs de ses nouvelles dans le magazine Esquire. Voyant en Carver la promesse d'un immense écrivain, il s'est emparé de son manuscrit et l'a réduit de moitié. En quelques années, Carver devient une des stars de la littérature américaine. Il rafle tous les prix, enseigne à l'université et exerce sur une génération entière d'écrivains - aux États-Unis comme à l'étranger - une influence décisive. Mais sa gloire repose en partie sur un malentendu. Pourtant, il suffit d'ouvrir Parlez-moi d'amour pour que la magie opère à nouveau. Une fois encore, ce style si dépouillé qu'il en devient presque invisible fait résonner des voix désormais familières : un homme sans mains, une femme divorcée et son ex-mari, quatre pêcheurs surgis du néant, personnages ordinaires nimbés de mystère, illustrations parfaites de ce « réalisme des lointains » qu'invoquait la grande Flannery O'Connor. Par-delà les années, en dépit des aléas de la comédie littéraire, ce livre continue d'illuminer de sa beauté énigmatique les dernières décennies du XXe siècle.

 

Les jeux de la nuit

Les jeux de la nuit
Harrison Jim
Ed. Flammarion

Dans la veine de ses plus grandes nouvelles, Jim Harrison tisse trois destins solitaires, trois personnages tragiques en quête de rédemption qui évoluent dans l'Amérique idéale de l'écrivain, aux habitants aussi rudes que les saisons du Montana.

On découvre Sarah, une adolescente qui cherche à assouvir un désir de vengeance irrépressible après l'agression dont elle a été victime à l'âge de quinze ans. On retrouve avec délectation Chien Brun, à la recherche de l'âme soeur. Et enfin un loup-garou en proie à de terribles accès de violence les soirs de pleine lune.

Les Jeux de la nuit, recueil de nouvelles le plus ambitieux et le plus saisissant de Jim Harrison depuis Légendes d'automne, dépeint de manière inoubliable trois vies américaines hors du commun. Avec humour, émotion et une profonde humanité, Harrison justifie une fois de plus son statut de maître de la littérature américaine.

« S'il y a une chose que Harrison sait faire, c'est partager avec ses personnages son amour de la sensualité et les faire évoluer dans un monde naturel idéal. » The New York Times Book Review

 

Le temps matériel

Le temps matériel
Vasta Giorgio
Ed. Gallimard

« D'emblée, nous avons rêvé de devenir des Socrate de la lutte armée : inévitablement mais glorieusement défaits. Et, dès lors, invincibles dans la défaite. »

Palerme, 1978. Ils n'ont que onze ans, mais déjà leur passion est l'idéologie, leur modèle les Brigades rouges. Rayon, Envol et Nimbe - leurs noms de guerre - suivent fiévreusement les événements de cette terrible année pour l'Italie, en particulier l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro, et décident de passer eux aussi à l'action. Mois après mois, ils s'enhardissent et, après les provocations et les gestes de vandalisme, se muent en véritables délinquants. Cette dérive passe également par la création d'un langage, l'alphamuet, qui réinvente la rhétorique des terroristes et remonte ainsi jusqu'aux racines du mal. Qu'y a-t-il au bout de cette plongée dans la violence ? Ne leur reste-t-il comme issue que le crime et la mort, ou les trois adolescents peuvent-ils encore retrouver l'amour, comme celui qui naît chez Nimbe pour Wimbow, la petite fille créole ?

Salué comme un événement par la critique italienne, habité par une ferveur et une tension qui ne faiblissent à aucun moment, le roman de Giorgio Vasta est de ceux qui marquent leur époque et, à eux seuls, changent la vision qu'on a d'une période historique, en l'occurrence les années de plomb.

La baie de midi

La baie de midi
Hazzard Shirley
Ed. Gallimard

Jenny quitte son Angleterre natale et les froides réalités du Nord pour découvrir le Sud et les charmes de Naples. Elle va faire la connaissance d'une écrivaine, la belle et talentueuse Gioconda, et de son amant, Gianni, un metteur en scène romain. Mais à partir de ce trio traditionnel, l'art de Shirley Hazzard, avec le regard sans concession qu'elle porte sur les faiblesses humaines, va bouleverser la donne. L'étrangère, néophyte et fascinée, perd peu à peu son innocence et, de spectatrice manipulée, devient actrice à part entière.

Ainsi apprend-elle que comprendre l'autre, c'est aussi se rapprocher de soi-même.

Des ruines somptueuses de Naples à ses terrasses au soleil, ce livre nous promène à travers la ville. Mais c'est surtout d'un voyage initiatique qu'il s'agit : celui qui, par les chemins hasardeux de la découverte d'autrui, mène à la connaissance de soi.

Cette tranche de vie qui lie une héroïne et une ville emmène le lecteur de surprise en surprise : l'aventure n'est pas toujours là où l'on s'attend à la trouver.

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