Une histoire d'île, vol. 2. La tempête des gazelles

Une histoire d'île, vol. 2. La tempête des gazelles
Kemal Yachar
Ed. Gallimard/Du monde entier

L'île Fourmi, sur la mer Égée, est un îlot paradisiaque, mais désert depuis que la population grecque en a été chassée après la Première Guerre mondiale. Peu à peu, de nouveaux arrivants débarquent, groupes bigarrés venus de tous les coins de l'ancien Empire ottoman. Tous ces migrants portent en eux le goût pour l'aventure, mais aussi les traumatismes et les cauchemars engendrés par les conflits armés. Chacun d'eux tente de recréer une patrie sur ce morceau de terre, tandis que des millions de fugitifs errent encore à travers l'Anatolie.

Le roman s'ouvre sur l'arrivée d'un inconnu à la recherche de Poyraz Musa et qui semble vouloir le tuer... Au fil du texte, de nombreux personnages apparaissent, de toutes origines et confessions, formant une véritable arche de Noé d'une humanité rescapée. Ils apprendront à se connaître, et formeront peu à peu, dans un irrépressible besoin de fraternité, une sorte de conjuration amenée à subir de dures épreuves.

La tempête des gazelles, récit limpide et d'une beauté sereine, révèle une fois encore le regard pénétrant que Yachar Kemal porte sur l'histoire du XXe siècle et le coeur des êtres humains.

Vers la lumière

Vers la lumière
Gen'yu Sokyu
Ed. Picquier

Au soir de sa vie, une femme, originaire d'Osaka, rejoint sa fille mariée à un bonze dans un petit temple bouddhiste. Peu après, elle apprend qu'elle est atteinte d'un cancer incurable. Entourée de la sollicitude des siens, elle accepte sereinement la mort qui approche et décrit avec curiosité et humour ce qu'elle ressent : les transformations physiques, les sensations inconnues, l'activité des médecins et infirmières autour d'elle... Puis, peu à peu, elle perd la notion du temps, souvenirs et rêves viennent se mêler aux événements du présent, et elle avance vers une autre dimension.

S'inspirant de son expérience personnelle de moine zen ayant beaucoup lu ce que les religions disent de l'au-delà et les scientifiques des mystères de la physique, l'auteur aborde l'expérience de la mort et ce qui la suit, avec audace et quiétude. Le chemin qu'il décrit est un chemin vers la connaissance et la lumière.

 

Le Club

Le Club
Michaels Leonard
Ed. Christian Bourgois

«Des gens ont lu ce livre comme une allégorie, comme de la misogynie ou de la propagande. Je voulais seulement décrire ce qui est vrai parmi certains hommes. C'est tout.» (Leonard Michaels)

«Selon Leonard Michaels, l'humour est l'instrument idéal pour décaper le monde ou relever ses bizarreries. Que ce soit sur une dizaine de pages ou en trois phrases, ces récits sont toujours remarquables.» (Amaury da Cunha, Le Monde)

«Une exploration de la violence, de la folie, des malentendus sexuels et amoureux, de l'effroi et du rire. Un observateur précis de la comédie qui éternellement se joue, que l'on se joue. Un écrivain.» (Olivier Renault, Art Press)

 

Nonchalance

Nonchalance
Guarducci Christina
Ed. Anatolia

Une femme qui n'a pas de nom, mère d'un petit garçon né d'une liaison désormais terminée. Un musicien, Jean-Marie, balayeur le jour et clarinettiste de jazz la nuit. Deux solitudes qui se rencontrent un matin, dans un jardin public parisien, avant que la femme ne se détourne pour regagner son élégant quartier du Marais.

Dans ce petit village retiré de la métropole, refuge des incurables romantiques et des bohèmes fortunés, sa vie se déroule, lente et paisible : il y a le petit Diego qu'il faut emmener à la crèche ; l'atelier où elle expose ses oeuvres en céramique ; il y a aussi George et Bess, un couple d'Américains riches et dans le vent. Et il y a surtout l'imperturbable « monsieur de la Nation », son psychanalyste, à la fois aimé et haï, qui ne lui offre en échange de ses confessions que des silences frustrants. Baignant dans une routine tranquille en apparence, la femme et le musicien-balayeur se cherchent et se retrouvent dans des salles de cinéma, qu'ils abandonnent au milieu du film, pris par l'urgence de leur désir mutuel, ou bien dans la pénombre du club de jazz où Jean-Marie joue et mène de front mille autres relations parallèles, sans que ni l'un ni l'autre parvienne à renoncer à un lien qui, de fragile qu'il était au début de leur aventure, se révèle vite être une nouvelle et solide raison d'espérer.

Ce roman dont le ton intimiste est en même temps curieusement détaché et impersonnel, comme pour se prémunir contre l'affleurement de souvenirs et de souffrances passées, raconte deux années de vie et de passion à Paris, avec une vérité et un réalisme qui frappent au coeur tous ceux qui ont perdu un grand amour, ou qui, au prix de mille efforts, de mille méfiances, sont parvenus à le retrouver.

 

La femme lion

La femme lion
Hansen Erik Fosnes
Ed. Gallimard/Du monde entier

Eva est née dans une petite ville de province norvégienne. Sa mère meurt en lui donnant naissance. Son père s'épouvante lorsqu'il aperçoit le nouveau-né : un abondant pelage lui donne l'aspect d'un lionceau. Eva souffre d'un syndrome rarissime : hypertrichosis lanuginosa congenita, ou hirsutisme. Tenue enfermée dans la maison, elle grandit dans une solitude peuplée de livres.

Mais elle est une anomalie, que le monde arrachera bientôt à ce cocon : l'école, la presse, la science s'acharneront sur son animalité, humiliant cruellement sa dignité. C'est paradoxalement dans une troupe de cirque qu'Eva pourra reconquérir son humanité.

Erik Fosnes Hansen orchestre son récit de main de maître. Tour à tour ironique et sarcastique, émouvant et troublant, il écrit un grand roman allégorique, sans aucun misérabilisme, un conte fantastique et cruel qui est pourtant un hymne à ce qu'il y a de plus humain dans l'homme.

Submarino

Submarino
Bengtsson Jonas T.
Ed. Denoël/& d'ailleurs

Trainspotting à la danoise, Submarino explore le Copenhague underground à travers les destins de deux frères en quête d'une normalité dont ils ignorent tout.

Enfants des services sociaux, Nick et son frère se rencontrent à la sortie d'un foyer, le jour où leur mère décide de leur offrir un semblant de vie de famille. Très vite pourtant, elle tombe enceinte et reprend son errance de bar en bar, de passe en passe. Livrés à eux-mêmes, les deux frères s'occupent du bébé avec les moyens du bord. Quand le petit crie trop fort, ils mettent la télé à fond et sniffent de la peinture. Mais un jour le bébé ne crie plus : il est mort.

Des années plus tard, Nick traîne son corps bodybuildé et rongé par l'alcool dans les basfonds de Copenhague. Son frère, héroïnomane, élève seul son fils et prend la tête d'une petite armée de dealers. Tous deux se débattent pour survivre à ce terrible passé et tenter d'échapper, en vain, à la marginalité.

Chronique violente et sans concession, Submarino dissèque les vies de ces êtres mal nés, héritiers malgré eux d'une misère sociale dont ils ne parviennent pas à s'extraire. Un livre coup de poing auquel le cliché d'un Danemark pays-le-plus-heureux-du-monde ne résiste pas et dont on peine à sortir indemne.

 

Dans ses yeux

Dans ses yeux
Sacheri Eduardo
Ed. Denoël/& d'ailleurs

Buenos Aires, 1968. Liliana Emma Colotto, enceinte de quelques semaines, est sauvagement violée et étranglée. Benjamín Chaparro, jeune secrétaire au palais de justice, se voit confier l'affaire. Pour tenter d'oublier ses amours contrariées avec Irène, une collègue au charme magnétique, les divagations de son voisin de bureau alcoolique et l'étroitesse d'esprit de sa hiérarchie, Chaparro se lance à corps perdu dans ce sulfureux dossier. Peu à peu, cet homicide devient son obsession : bouleversé par la souffrance du jeune époux de Liliana, il jure de faire condamner le meurtrier. Mais nous sommes dans les années 70, et l'Argentine, en proie à toutes les iniquités, s'enfonce dans la «guerre sale» et les années de plomb. Pour venir à bout de ce qui devient l'affaire de sa vie, Benjamin devra affronter inimitiés politiques, trahisons et exil. Trente ans plus tard, il décide de coucher le terrible récit de ce crime sur le papier.

Campé dans l'Argentine de la dictature, Dans ses yeux est une magnifique histoire d'amour doublée d'une brûlante réflexion sur la légitimité de la vengeance.

Le signal

Le signal
Carlson Ron
Ed. Gallmeister

Pour la dernière fois, Mack et sa femme, Vonnie, partent camper dans les montagnes du Wyoming afin de se dire adieu. Enlisé dans les dettes et l'alcool, Mack a peu à peu contraint Vonnie à renoncer à l'amour profond qui l'avait attirée vers l'Ouest, et la jeune femme a refait sa vie. Cette randonnée est un moment de complicité retrouvée, une ultime chance de se dévoiler l'un à l'autre.

Pour Mack, cette expédition est aussi l'occasion d'exécuter une dernière mission pour le compte d'un intermédiaire douteux afin de sauver son ranch de la faillite. Au coeur des vastes étendues sauvages, guidé par un faible signal GPS, il doit retrouver une mystérieuse balise égarée lors d'un survol de la région. Mais cette mission se révélera bien plus périlleuse que prévu.

Le Signal est un roman magistral combinant le destin d'un amour qui s'achève avec un suspense qui nous mène au paroxysme de l'angoisse. Un livre palpitant qui se lit d'une traite.

 

La langue de ma mère

La langue de ma mère
Lanoye Tom
Ed. La Différence

Frappée par une attaque cérébrale sur ses vieux jours, la mère de l'auteur perd sa langue : elle s'exprime désormais en un baragouin furieux et inintelligible, qui traduit son désespoir et sa colère d'être incomprise. Durant toute son existence, cette commerçante, bouchère à Saint-Nicolas, bourg de la province d'Anvers, a été actrice dans une compagnie d'amateurs. La langue était son instrument. Elle la maniait en virtuose au théâtre comme dans la vie où sa volubilité et son sens de la repartie, combinés à un caractère bien trempé et autoritaire, faisaient d'elle un personnage haut en couleur et parfois redoutable.

Istanbul était un conte

Istanbul était un conte
Levi Mario
Ed. Sabine Wespieser

Istanbul était un conte. Saga familiale, livre-fleuve, déambulation intime et roman-monde, Istanbul était un conte est tout cela à la fois. Issu d'une famille juive séfarade arrivée à Istanbul au moment de la Reconquista, l'écrivain plonge dans la mémoire de sa ville natale comme s'il ouvrait une malle aux trésors.

Les objets, les tableaux et les photographies sépia s'animent, et c'est la vie quotidienne de trois générations de Juifs stambouliotes au cours du XXe siècle qui prend forme. Il faut accepter de se perdre dans les ruelles étroites de la ville, sur les rives du Bosphore et dans les méandres des histoires familiales : au gré des errances du narrateur, dévoilant à travers mille récits et anecdotes les secrets de chacun de ses quarante-sept personnages (qu'il inventorie dans un lexique en début d'ouvrage), le charme agit.

Istanbul est un conte, comme le sont les aventures, réelles ou rêvées, de ses habitants. D'une histoire à l'autre, se dessine le portrait d'une ville-monde, mais aussi son évolution vers la modernité. La ville cosmopolite et accueillante pour les communautés étrangères change au fil des ans, tandis que retentissent jusque dans le coeur des foyers les tragédies du siècle.

Puissamment nostalgique, le livre de Mario Levi tente, et ce n'est pas son moindre attrait, de sauver un monde englouti, un monde de commerçants parlant encore le yiddish et le ladino, un monde où cohabitaient toutes les traditions et toutes les religions.

Istanbul était un conte est le chant d'amour de l'écrivain à sa ville, en même temps qu'une formidable invitation au voyage.

 

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