Voyage initiatique drôle et mélancolique aux confins de l'Islande, bouleversant éloge de l'amitié, de l'amour et de la folie, le deuxième roman d'Hubert Klimko. Au fil des errances poétiques de trois amis, une superbe réflexion sur l'exil et la condition de l'artiste.
Quand il débarque à Reykjavík, le narrateur, un jeune immigré polonais, n'a d'autre choix que de s'inventer les métiers les plus improbables pour gagner sa vie. Il s'improvise artiste peintre amateur, mime de rue, poète sous le nom de plume de Hugo de Hugo ; traîne avec Boro, excentrique peintre croate atteint d'une étrange phobie du vert et qui, à ses heures perdues, joue de l'harmonica à une orque apprivoisée.
Et puis, il fait la connaissance de Szymon, Polonais lui aussi, compositeur, violoniste, jazzman un peu fou. Très vite, les trois hommes deviennent inséparables.
Entre débrouille, aventures loufoques et petits tracas naît une amitié qui va transformer la vie du narrateur...
Au piano, une femme travaille, étudie, décrypte les Variations Goldberg, tente de comparer les différentes éditions de la partition, de s'approcher au plus près de la composition de l'oeuvre de Bach, de comprendre ce qui la porte au sublime. Ainsi éclairé par la musique et en écho aux variations se déploie peu à peu en elle un paysage auquel elle n'avait ou ne pouvait plus avoir accès : les moments de joie, le quotidien, les simples détails comme les plus beaux souvenirs d'un passé partagé avec sa fille, aujourd'hui disparue.
Alternant le récit de cette vie familiale heureuse et sa réflexion sur les limites de l'interprétation, de l'appropriation personnelle d'une oeuvre musicale, Anna Enquist circonscrit dans ce livre le ressenti d'une existence brisée par la perte d'un être cher. Et c'est avec une sobriété remarquable qu'elle explore ce qui lui a peut-être permis de rester en vie, ce que l'art peut apporter de favorable à la reconstruction de soi, à la capacité d'exprimer ce qui doit être dit de soi-même et des autres.
Contrepoint est le livre le plus personnel et le plus profond de la grande romancière néerlandaise. Questionnant les correspondances inconscientes entre l'écriture et la musique, ce roman est certainement, dans les deux sens de l'expression, « le livre de sa vie ».
Jiselle, trentenaire et toujours célibataire, croit vivre un véritable conte de fées lorsque Mark Dorn, un superbe pilote veuf et père de trois enfants, la demande en mariage. Sa proposition paraît tellement idyllique qu'elle accepte aussitôt, quittant les tracasseries de sa vie d'hôtesse de l'air pour celle, a priori plus apaisante, de femme au foyer. C'est compter sans les absences répétées de Mark, les perpétuelles récriminations des enfants et la mystérieuse épidémie qui frappe les États-Unis, lui donnant des allures de pays en état de guerre. Tandis que les événements s'accélèrent autour d'elle, l'existence de Jiselle prend un tour dramatique, l'obligeant à puiser dans ses ressources pour affronter cette situation inédite...
«Ce qui est rare chez Laura Kasischke, c'est ce curieux mélange de maîtrise et d'émotion, d'étrangeté et de simplicité, d'atrocité et de poésie.» (Olivia de Lamberterie, Elle)
En 2005, alors qu'elle vient à peine de commencer à prononcer le discours préparé en l'honneur de son père disparu deux ans auparavant, Siri Hustvedt voit soudain tout son corps secoué par d'irrépressibles tremblements. Aussi effrayée que stupéfaite, elle constate que cette crise n'affecte cependant ni son raisonnement ni sa faculté de s'exprimer.
Afin de cerner la nature de ce spectaculaire - et, bientôt, récurrent - phénomène de dissociation, Siri Hustvedt va entreprendre d'aller à la rencontre de cette « femme qui tremble », ce Doppelgänger dont elle vient de découvrir l'existence.
Pour y parvenir, la romancière, de longue date fascinée par les phénomènes liés aux désordres psychiques, va s'engager dans une recherche approfondie. Assistant, puis participant activement, à des séminaires de neuropsychologie tout en s'impliquant dans des ateliers d'écriture en lien avec des institutions psychiatriques officielles, l'écrivain ne manque pas d'accueillir également, pour étayer son enquête, les inépuisables témoignages que délivrent, sur le sujet, non seulement les oeuvres littéraires qui l'ont nourrie mais aussi les découvertes dont sa pratique personnelle de l'écriture est le constant laboratoire.
Synthèse d'un parcours placé sous le signe de la rigueur intellectuelle et d'une réquisition, parfois douloureuse, de l'opaque mémoire affective individuelle, La Femme qui tremble s'affirme comme une approche aussi ambitieuse qu'inédite de l'histoire des pathologies mentales, aborde sans détour les rapports de la maladie avec le geste créateur, et délivre une parole d'humilité solidaire de la souffrance de « l'autre ».
En France, toute l'oeuvre de Siri Hustvedt est publiée par Actes Sud.
Bien avant la consécration de son travail par le prix Nobel de littérature en 2002, Imre Kertész a noté - sur une période de trente ans - observations, pensées philosophiques et aphorismes qui l'accompagnaient lors de l'écriture de ses premières oeuvres. A travers un dialogue avec Nietzsche, Freud, Camus, Adorno, Musil, Beckett, Kafka, et bien d'autres encore, Kertész nous fait partager la genèse lente et douloureuse de ses plus grands textes, Etre sans destin et Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas. Au centre, bien sûr, comme le noyau noir de son existence, l'holocauste. Mais sa pensée, sa recherche existentielle concernent, plus largement, la question du totalitarisme, le caractère de la modernité, ainsi que son concept de la liberté.
Carnet de bord d'un grand écrivain, ce Journal de galère donne les clés d'une oeuvre immense.
Olive est l’épouse du pharmacien de Crosby, petite ville côtière du Maine. Elle est la mère de Christopher, qu’elle étouffe. Et aussi ce professeur de mathématiques tyrannique, au franc-parler souvent blessant, capable pourtant de surprenants élans de bonté. Olive Kitteridge traverse cette fresque polyphonique où le destin des habitants de Crosby – héros ordinaires – s’entremêle sur une période de trente ans. Éclate alors une personnalité hors normes, cette femme a priori peu aimable, mais ô combien attachante. Ce portrait offre d’Olive une multitude d’éclairages – parfois contradictoires, toujours justes. Rarement un écrivain a approché avec une telle puissance la singularité et la complexité de la nature humaine – son universalité, aussi. Salué outre-Atlantique pour la virtuosité de sa construction et la finesse de son ton, Olive Kitteridge s’inscrit dans la lignée de romans américains tels Le cœur est un chasseur solitaire, de Carson McCullers, ou Les Corrections, de Jonathan Franzen.
Le 9 juin 1956, en Argentine, les généraux Tanco et Valle se soulevèrent contre le gouvernement de facto qui avait destitué le président Perón en septembre 1955. L'insurrection fut brutalement et illégalement réprimée. Dans la décharge publique de José León Suárez, un groupe de civils - certains vaguement liés à la révolte, les autres totalement étrangers à celle-ci - furent exécutés avant même que ne soit proclamée la loi martiale. Une poignée d'entre eux réussit à échapper à la mort. Rodolfo Walsh retrouva l'un des survivants, grâce au témoignage duquel il reconstitua les faits et en publia le récit en 1957, après avoir dû se réfugier dans la clandestinité pendant plusieurs mois. Opération Massacre est le résultat de cette enquête pénétrante et exhaustive qui, bien avant que le New Journalism ne connaisse son heure de gloire aux États-Unis, inaugura un genre nouveau en littérature.
« La dénonciation transposée à l'art du roman devient inoffensive... Le document, le témoignage, admet un important degré de perfectibilité ; il y a dans la sélection, dans le travail d'investigation, d'immenses possibilités artistiques. » (Rodolfo Walsh)
Le groupe minuscule des tentes sur ce champ de pierres battu par les vents, l'altitude, les chaînes de montagnes, le ciel au-dessus de nous et la conscience de me trouver aussi loin qu'il était possible de tout ce que je connaissais, au-delà des limites du monde moderne - cela me remplissait d'un certain malaise mais aussi, au début, d'un soulagement profond. Pour quelque temps, j'étais parti, et j'avais à jouer un rôle totalement différent, en un lieu où nul ne me connaissait, où j'aurais pu être n'importe qui, n'importe quoi, tel un voyageur anonyme dans une ville étrangère.
Première œuvre romanesque d’Ingeborg Bachmann dans une nouvelle version de la traductrice. Les sept nouvelles qui composent ce recueil sont organiquement liées entre elles. La dernière, « Ondine s’en va », les résume et les regroupe. Malgré leurs turpitudes, leurs errements et leurs luttes, malgré la guerre dont les hommes ne sont pas encore libérés, Ondine choisit de chanter la gloire de ce monde. Car l’être humain est toujours à la recherche patiente d’un absolu. Prisonnier et conscient de sa prison, l’homme tend les mains vers une liberté qu’il sait impossible. Au terme d’une méditation lyrique sur les étapes de sa vie passée, il s’accepte pécheur.
Étrange don que celui d'Ernest. Fils d'une baronne écervelée au point d'en oublier qu'elle l'a un jour enfanté, il est doté d'une imagination hors du commun et capable de subjuguer son auditoire en contant de fabuleuses histoires. Il ensorcelle tous les coeurs : des cohortes d'enfants l'acclament, les adultes se languissent de lui. Jusqu'au jour où les exploits du facétieux jeune homme parviennent aux oreilles de son oncle, évêque fanatique qui expédie dans l'au-delà sorcières supposées et incroyants de tout poil, après les avoir confiés aux mains expertes de la Sainte Inquisition.
Lucide et caustique, Wassermann dépeint dans ce Moyen Âge fictif le combat du conformisme et de la liberté, du pouvoir politique et de la poésie. L'inventivité du saltimbanque se rit de l'arrogance des puissants. L'énergie de l'enfance se joue de l'injustice et de l'intolérance.