Pour assouvir son voyeurisme tyrannique, Atsuo Okuda, un vieux poète japonais, a déployé un gigantesque système d’observation à travers Tokyo. Cible privilégiée de sa pulsion scopique : son fils Shunsuke, son « petit fugu débile », dont il espionne les aventures sexuelles grâce à son arsenal tentaculaire – quand il ne déclame pas des vers à sa poupée à cinquante millions de yens. Par flashs successifs, Shunsuke relate son amour fou pour Iulana, blonde et robuste Polonaise rencontrée dans un bar à strip. Une passion à la démesure de l’enfer tokyoïte, qu’Okuda cherchera à entraver par tous les moyens, surtout les moins avouables…
C'est dans une station de métro désaffectée, aux côtés des insurgés du capitalisme totalitaire, que l'ex-directeur du Fonds monétaire international se terre, et attend son heure. En surface, ses ennemis savourent leur victoire. Les charmes d'une modeste femme de chambre auront suffi à briser ce social-démocrate décadent hostile aux desseins de l'Empereur. Dès lors, nul ne pourra s'opposer au plus fabuleux hold-up de l'histoire. Mais c'est sans compter sur les pouvoirs démoniaques du dieu K, sur ses troupes misérables tapies dans les souterrains de Manhattan. Entre deux massages très spéciaux, prodigués par la sublime Wendy, DK prépare le Grand Soir.
D'un fait divers, Juan Francisco Ferré tisse un artéfact fictionnel où convergent les maux de notre société. L'analyse psychologique d'un homme de pouvoir permet à Ferré de s'introduire dans les égouts du système capitaliste actuel. Karnaval devient alors un roman foncièrement politique, une satire exubérante qui pose une fois encore la question du rôle de la fiction.
« Bigger than life. On y pense en le voyant venir à notre rencontre, gabarit de rugbyman, crâne rasé et veste en cuir sanglée. Docteur en littérature hispanique, Ferré ressemble à son oeuvre, du genre large d'épaules, aussi volubile que colossal. »
Emily Barnett, Les Inrockuptibles
Au bord du divorce, un couple de trentenaires lisboètes se livre à un inventaire courtois et méthodique de ses biens. Très vite, Arnaldo et Bárbara achoppent sur le sort de leur tortue domestique. Que faire de cet animal qu'ils n'ont même pas baptisé ? Liés par ce nœud gordien absurde, ils poursuivent - en attendant de trouver une solution - un semblant de vie commune ponctué de scènes de ménage aigres-douces... Mais sont-ils sûrs de vouloir se quitter ? Leurs chassés-croisés chez eux, dans les quartiers populaires ou huppés de Lisbonne, et la mélancolie qui les étreint quand ils sont seuls laissent présager un dénouement heureux... Mário de Carvalho profite de cette trame cocasse pour épingler des affects conjugaux dangereusement volatils et nous faire rire d'un certain quotidien urbain petit-bourgeois. Cocktail narratif jubilatoire mixant cinéma, farce et bandes dessinées, son 'chronovélème' pousse sur le devant de la scène un chélonidé inerte, modeste mais hilarante allégorie de notre condition humaine.
« Y. La lettre parfaite. L'os de la chance, la fourche des chemins, le verre à martini vide. La lettre qui se prononce pourquoi en anglais - Why ? -, question que nous posons sans cesse.
Ma vie commence au Y. »
Ainsi débute l'histoire de Shannon, un bébé abandonné devant les portes d'un YMCA (une association de jeunes chrétiens), emmailloté dans un pull gris crasseux, avec pour seule compagnie un couteau suisse. Quelques secondes plus tard, elle est recueillie par un homme, mais celui-ci ne peut qu'apercevoir la silhouette de la mère qui s'enfuit déjà. Une décision qui va changer à jamais le cours de ces trois vies.
De famille d'accueil en famille d'accueil, Shannon doit faire face à l'abandon et à la violence. Elle finit cependant par trouver la stabilité et l'amour chez Miranda, une mère célibataire bienveillante qui n'aime pas le gaspillage. Mais les questions que se pose la jeune fille grandissent avec elle. D'où vient-elle? Qui est sa vraie famille? Pourquoi l'a-t-on abandonnée le jour même de sa naissance ?
Les réponses se trouvent dans le récit déchirant de la vie de Yula, la mère de Shannon, une enfant au destin tragique.
Abordant des thèmes fondamentaux tels que la famille, la question de l'identité ou encore la notion d'héritage, Y est un roman d'une rare beauté, plein de sagesse et de profondeur, qui ose demander « pourquoi ? » tout en insinuant que la réponse n'est pas toujours claire et qu'elle n'a peut- être même pas vraiment d'importance.
À l'été 1978, un adolescent de la classe moyenne en délicatesse avec son milieu croise la route du charismatique Zarco et de son amie Tere et devient un habitué de leur QG, un bar interlope dans un quartier malfamé de Gérone. Bientôt ils l'entraînent de l'autre côté de la « frontière », au pays de ceux qui ne sont pas bien nés, l'initiant au frisson des braquages et au plaisir des tripots. Le garçon navigue entre les deux rives pendant tout l'été, irrésistiblement attiré par les lois de cette jungle dont il préfère continuer d'ignorer les codes, jusqu'au coup qui tourne mal.
Vingt ans plus tard, avocat établi, il assure la défense de son ancien camarade multirécidiviste et doit plaider. Pour le symbole vivant d'une rébellion salutaire, la victime expiatoire d'un système frelaté, ou les zones d'ombre de sa propre jeunesse ?
Un écrivain, chargé de raconter l'histoire, recueille au cours d'entretiens divers les souvenirs et impressions des protagonistes. Lui-même cherche la vérité inattendue et universelle du romancier : l'ambiguïté.
C'est dans cette ambiguïté qu'excelle Javier Cercas, qui démystifie ici le romantisme de la délinquance comme celui de la rédemption, la démocratie espagnole et son miroir aux alouettes, les tourments qui toujours gouvernent l'exercice de la liberté.
Drik est psychothérapeute, Suzanne anesthésiste ; frère et soeur, ils sont extrêmement liés depuis que tout enfants ils ont perdu leur mère.
Quand son épouse vient à mourir à la suite d'une longue maladie, Drik ne peut se soumettre au retrait. A priori assez fort pour tenir son rôle auprès de ses patients, il commet néanmoins quelques erreurs lorsque le jeune Allard Schuurman, un étudiant en médecine désireux de se former à la psychothérapie, entreprend avec lui une analyse didactique.
Les deux hommes étant trop proches, peut-être, dans leur relation à la figure du père, les séances ne se déroulent pas normalement et l'étudiant décide d'abandonner cette formation. Il s'oriente alors vers Fanesthésiologie tout en demeurant en analyse avec Drik, cette fois sans autre nécessité que personnelle.
À l'hôpital, Suzanne devient par hasard le réfèrent d'Allard. Et très vite se noue entre eux une relation amoureuse dévorante qui place ce triangle affectif, à leurs yeux invisible, dans une configuration complexe et dangereuse. Car Drik, seul acteur conscient de cette situation infernale, n'en dit mot à personne, pas plus qu'il n'interrompt l'analyse d'Allard, bien qu'il devine que ce garçon fragile ne pourra surmonter l'inévitable rupture.
Anna Enquist interroge le rôle et l'éthique de deux corps médicaux face à la douleur. Les anesthésistes, endormeurs de l'être sensible, sont ici observés en regard des analystes, qui dans leur pratique convoquent l'inconscient et libèrent la souffrance.
Dans le Texas des années 30, Tike et Ella May, jeune couple d'agriculteurs, ont bien du mal à planter de quoi vivre sur cette terre aride. Ella May est enceinte et ne veut pas continuer à habiter leur cabane en bois envahie par les insectes. Problème, ils n'ont pas le sou pour s'offrir le lopin de terre censé accueillir la maison de leurs rêves. Mais l'État et les banques ont tout prévu. Il suffit de leur faire confiance...
La Maison de terre est un portrait brûlant de la misère et de l'espoir butant contre un paysage ravagé. Combinant le sens moral de John Steinbeck avec l'érotisme cru de D. H. Lawrence, voici un puissant récit de l'Amérique de la Grande Dépression, brossé par l'un de ses plus grands artistes.
« Grâce au don de Woody Guthrie pour retranscrire les dialectes et les passions humaines, La Maison de terre est une histoire poétique sur le combat contre l'adversité, aujourd'hui encore d'une brûlante actualité.» The Independent
« La Maison de terre est une histoire si vivante qu'il est étrange de penser que son auteur nous a quittés voilà quarante-cinq ans. L'écriture est typique de Woody Guthrie : tantôt lyrique, tantôt brutale, mais souvent drôle. » The Times
Shinichi Higa a quatorze ans quand il est enrôlé dans le bataillon de la première école secondaire d'Okinawa tout comme les mille sept cent quatre-vingts élèves des écoles secondaires de cet archipel situé à environ cinq cents kilomètres au sud de Ky& sh& . Nous sommes le 25 mars 1945, Shinichi Higa fait partie des plus jeunes soldats de l'armée régulière prêts à verser leur sang pour l'empereur.
Mais Shinichi est heureux de défendre sa patrie. Sa seule angoisse est de mourir avant même d'avoir fait son devoir. Car il s'agit pour lui de tuer au moins dix soldats ennemis. En attendant, Shinichi accomplit les tâches qui lui sont confiées. Il transporte des corps d'un lieu à l'autre, vers ces hôpitaux de fortune où les blessés et les morts sont si nombreux qu'il n'est plus envisageable de soigner les nouveaux arrivants. Shinichi se déplace en permanence, il résiste malgré la peur. Au-delà de l'horreur il se cache et survit habité par le désir de se battre. Mais très vite il perd son unité et, séparé des autres, se retrouve seul face à la guerre.
Magnifique hommage au courage d'un enfant, à sa belle naïveté, à sa résistance et à son engagement farouches pour son pays.
La Dernière Nuit a eu lieu. Le fléau s’est répandu. Et dans le désert du monde d’après, les rares humains survivants luttent au jour le jour pour échapper aux zombs, ces morts-vivants cannibales et contagieux.
Pourtant, l’espoir commence à renaître. Dans la Zone 1, tout en bas de Manhattan, Mark Spitz et ses camarades ratisseurs éliminent les zombs traînards, première étape d’une patiente entreprise de reconquête. Mais la victoire est-elle seulement possible? Et pour reconstruire quel monde? Les personnages sont hantés par le passé, ou inversement refoulent le souvenir du cauchemar et des êtres perdus. Mais avant d’en être réduits à survivre, avaient-ils vraiment vécu? Mark Spitz se sent fait pour ce chaos absurde grâce à sa médiocrité même, et éprouve une étrange empathie pour les traînards. Et parfois, il lui vient à l’esprit la pensée interdite…
Colson Whitehead offre ici un authentique et palpitant conte de terreur, dont la noirceur et la tension permanente sont accentuées par un humour macabre et sardonique, et une invention verbale exceptionnelle, faite d’argot militaire, d’euphémismes officiels, d’images audacieuses pour rendre compte de l’impensable, donner une forme au pire. Mais ce tableau d’apocalypse, cette fable aux multiples interprétations est aussi une méditation sur ce qui fonde l’humanité. En vrai moraliste, Whitehead pose ici plus crûment que jamais la même question lancinante : que faisons-nous de nos vies? Et la démesure de l’horreur confère à cette représentation un lyrisme endeuillé, une gravité et une puissance proprement visionnaires.
Dans la lignée de John Irving et de Carlos Ruiz Zafón, un extraordinaire roman picaresque doublé d'un tableau historique passionnant.
Wheeler Burden vit à San Francisco en 1988. Il a donc peu de raisons de se réveiller un beau matin à Vienne en 1897. C'est pourtant ce qui lui arrive, de façon totalement inexplicable. Totalemenl démuni, il décide d'aller consulter un jeune thérapeute viennois, Sigmund Freud. Tandis que celui-ci réfléchit à son cas, Wheeler fait connaissance avec la ville où Mahler et Klimt révolutionnent leurs arts respectifs. Alors qu'il tombe amoureux d'une jeune Américaine de passage dans la capitale autrichienne, il réalise ce qui esi en jeu dans cette curieuse mésaventure : l'incroyable possibilité de changer le destin des siens et, peut-être plus encore, celui de l'humanité toul entière. À quelques kilomètres de Vienne, dans le village de Lambach, vit en effet un petit garçon âgé de 6 ans, nommé Adolf Hitler. Wheeler est néanmoins loin de se douter de tous les risques qu'il encourt et des dangers qu'il y a à vouloir modifier le cours des choses.
Avec ce premier roman, salué par une critique unanime, Selden Edwards mêle littérature et histoire, et nous entraîne dans un labyrinthe fascinant d'aventures et de mystères. Pétillant d'humour, d'une inventivité et d'une intelligence absolument inouïes, L'Incroyable Histoire de Wheeler Burden est l'un de ces grands voyages dont on ne sort pas indemne.