Du gouvernement des vivants. Cours au Collège de France, 1979-1980

Du gouvernement des vivants. Cours au Collège de France, 1979-1980
Foucault Michel
Ed. EHESS/Gallimard/Seuil

Du gouvernement des vivants est un cours charnière. Prononcé au Collège de France au premier trimestre 1980, Michel Foucault y poursuit cette histoire des «régimes de vérité» qui traverse l'ensemble des cours du Collège de France, en y apportant une inflexion majeure : commencée dans le champ du juridique et du judiciaire, l'exploration s'était poursuivie dans le champ politique - thématique des rapports pouvoir-savoir, puis de la gouvernementalité. Elle s'investit ici dans le champ des pratiques et des techniques de soi, domaine de l'éthique que Michel Foucault ne quittera plus.
«Comment se fait-il que dans la culture occidentale chrétienne, le gouvernement des hommes demande de la part de ceux qui sont dirigés, en plus des actes d'obéissance et de soumission, des 'actes de vérité' qui ont ceci de particulier que non seulement le sujet est requis de dire vrai, mais de dire vrai à propos de lui-même, de ses fautes, de ses désirs, de l'état de son âme ?», s'interroge Michel Foucault. Cette question le conduit d'une relecture d'OEdipe-roi de Sophocle à l'analyse des «actes de vérité» propres au christianisme primitif, à travers les pratiques du baptême, de la pénitence et de la direction de conscience. Michel Foucault choisit de s'intéresser aux actes par lesquels le croyant est appelé à manifester la vérité de ce qu'il est lui-même, en tant qu'être indéfiniment faillible. De l'expression publique de sa condition de pécheur, dans le rituel de la pénitence, à la verbalisation minutieuse de ses pensées les plus intimes, dans l'examen de conscience, c'est l'organisation d'une économie pastorale centrée sur l'aveu que l'on voit se dessiner.
Du gouvernement des vivants est la première des enquêtes, inédite, que Michel Foucault va mener dans le champ de l'éthique, autant dans les cours du Collège de France que dans les derniers volumes de l'Histoire de la sexualité.

La révolution moléculaire

La révolution moléculaire
Guattari Félix
Ed. Prairies ordinaires

En septembre 1977 sort, aux Éditions Recherches, une première Révolution moléculaire. Suivie, en avril 1980, d'une autre Révolution moléculaire, en version poche, chez 10/18. Un seul titre pour deux livres fort différents l'un de l'autre : recueils d'articles écrits par Félix Guattari entre 1972 et 1980, ces deux versions ne livrent pas les mêmes textes, et, lorsqu'elles le font, elles les modifient tant qu'ils en deviennent presque méconnaissables.
Si cette Révolution Moléculaire version 2012 se donne comme ambition de rendre à nouveau disponible l'ensemble des textes qui furent publiés chez ses deux aînées, si elle a le même titre, elle ne constitue pas pour autant une réédition. Car, en les agençant, elle se donne, nécessairement, comme autre et singulière.
Comme si, rétive à une seule et unique version, toute révolution moléculaire ne pouvait se donner qu'au pluriel : des révolutions moléculaires, des pratiques plutôt qu'une théorie ; une façon de faire de la politique qui, ainsi que nous le rappelle Félix Guattari, «aura quelque chose à voir avec une perspective révolutionnaire s'il est vrai que les bouleversements sociaux, à l'avenir, deviendront absolument inséparables d'une multitude de révolutions moléculaires au niveau de l'économie du désir.
Si cette Révolution Moléculaire version 2012 se donne comme ambition de rendre à nouveau disponible l'ensemble des textes qui furent publiés chez ses deux aînées, si elle a le même titre, elle ne constitue pas pour autant une réédition. Car, en les agençant, elle se donne, nécessairement, comme autre et singulière.
Comme si, rétive à une seule et unique version, toute révolution moléculaire ne pouvait se donner qu'au pluriel : des révolutions moléculaires, des pratiques plutôt qu'une théorie ; une façon de faire de la politique qui, ainsi que nous le rappelle Félix Guattari, «aura quelque chose à voir avec une perspective révolutionnaire s'il est vrai que les bouleversements sociaux, à l'avenir, deviendront absolument inséparables d'une multitude de révolutions moléculaires au niveau de l'économie du désir.

Autochtone imaginaire, étranger imaginé. Retours sur la xénophobie ambiante

Autochtone imaginaire, étranger imaginé. Retours sur la xénophobie ambiante
Brossat Alain
Ed. Souffle

« Cet essai, construit en étoile est composé de textes (…) qui, à défaut de s’enchaîner les uns aux autres, se répondent et communiquent par différents “passages”, selon la méthode mise en oeuvre par Walter Benjamin dans son Paris capitale du XIXe siècle. Il s’agit (…) de problématiser une question destinée à nous reconduire à notre objet, à son coeur – pourquoi la question de l‘étranger tend-t-elle à devenir, sous nos latitudes, l’obsession des pouvoirs contemporains ? Au travers de cette question, qui n’en est une pour nous qu’autant que les méfaits des sorcières en étaient une pour un certain XVIe siècle, n’est-ce pas plutôt la question du pouvoir et la question des discours qui se trouvent posées ? ». A.B.

En pierres denses et compactes, la langue d’Alain Brossat se révèle contondante, réparatrice à force de ne pas se plier à l’esprit du temps, d’y répondre sans formes prescriptives, sans marche à suivre. S’il figure quelques pistes pour des mouvements salvateurs, l’action principale consiste à re-tracer l’absurde d’une série d’énoncés en matière d’hospitalité et d’identité. En y intercalant des rappels historiques et en repeuplant les apories des discours en la matière, l’auteur nous donne la possibilité d’en faire autant : restaurer nos percepts et affects. En dix chapitres, Alain Brossat revient patiemment sur ce que nous entrapercevions en accéléré et de manière de plus en plus marquée : l’Europe forteresse déclinée en cinq chapitres philosophiques, deux textes de circonstance consacrés à Mohamed Merah et DSK, une célébration singulière de l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, deux tableaux politiques du cinéma et « Qui a tué Walter Benjamin ? » ou le récit du verrouillage de toutes les portes, mentales, physiques, politiques.

Que peut la philosophie ? Etre le plus nombreux possible à penser le plus possible

Que peut la philosophie ? Etre le plus nombreux possible à penser le plus possible
Charbonnier Sébastien
Ed. Seuil


Après plus d’un siècle d’enseignement obligatoire de la philosophie, où en sommes-nous de la formation de l’« esprit critique », jugé si précieux pour faire de chacun le citoyen d’une démocratie ?

Cette question n’est pas seulement pédagogique, elle concerne l’existence même de la philosophie : la circulation des idées est ce sans quoi la pensée n’existe pas ? sinon comme archive. Une idée reste lettre morte si elle n’est pas réactualisée par des individus vivants et curieux. Dès lors, à quoi bon se féliciter d’une richesse culturelle passée si n’est pas perpétuellement suscité un désir d’y puiser des idées qui seront pensées à nouveaux frais pour une situation donnée ?

La philosophie n’est pas une discipline érudite, abstraite et difficile comme ont voulu le croire et le faire croire certains professeurs. Elle est d’abord une pratique concrète et émancipatrice qu’il s’agit de partager et de faire ensemble. Ainsi, il faut penser ces conditions concrètes et effectives de la pensée philosophique (en classe notamment) pour comprendre comment l’espoir politique d’émancipation collective peut faire sens pour nous aujourd’hui.

On l’aurait presque oublié, mais l’Éducation nationale, jadis mieux nommée par Condorcet « Instruction publique », est en son principe un projet révolutionnaire. À travers la question singulière de la place de la philosophie en son sein, et en s’instruisant des erreurs passées et des illusions sur les fausses réussites, on perçoit tout ce qu’il y a encore à penser et à faire si l’on veut véritablement être le plus nombreux possible à penser le plus possible.

Sébastien Charbonnier est philosophe et professeur de philosophie. Il est l’auteur de Deleuze pédagogue (2009).

Anthologie, vol. 2. L'apogée de la théologie mystique de l'Eglise d'Occident

Anthologie, vol. 2. L'apogée de la théologie mystique de l'Eglise d'Occident
de Cues Nicolas
Ed. Cerf

Nicolas de Cues est un auteur encore peu connu du public français. Maurice de Gandillac a été le premier à le faire sortir de l'ombre en traduisant ses textes. Or le Cusain est un auteur majeur qui a assuré le passage du Moyen Âge à la Renaissance. C'est, en quelque sorte, le premier des humanistes, un théologien incontournable, un esprit universel qui s'intéresse aussi bien au droit qu'aux mathématiques, à l'astronomie, à la philosophie, ou à l'action sociale, comme en témoigne le célèbre hôpital qu'il a fait construire à Bernkastel-Kues pour accueillir les plus démunis. Même s'il opte pour la spéculation, il a le souci de rendre ses idées accessibles à tous, comme en témoigne le célèbre jeu de la boule, ou encore la référence à l'icône qu'il propose pour amener les fidèles à l'expérience de la vision de Dieu.

La présente anthologie, inédite en français, ne présente pas seulement l'ouvrage classique de Nicolas de Cues qu'est la Docte

Ignorance, mais offre un large choix de textes donnant une idée des différentes facettes de ce grand précurseur de la modernité.

Sept vies en une. Mémoires d'un prix nobel

Sept vies en une. Mémoires d'un prix nobel
de Duve Christian
Ed. Odile Jacob

Christian de Duve, prix Nobel de médecine, retrace ici les grandes étapes d'une existence exceptionnelle, qui lui a permis d'assister en témoin privilégié aux progrès révolutionnaires de notre compréhension de la vie accomplis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, d'en connaître les principaux protagonistes et même d'ajouter sa propre pierre à l'édifice.

À ces mémoires scientifiques s'ajoutent aussi des souvenirs personnels, des portraits, des anecdotes.

Le récit d'une vie hors du commun.

Une autre science est possible. Manifeste pour un ralentissement des sciences

Une autre science est possible. Manifeste pour un ralentissement des sciences
Stengers Isabelle
Ed. Empêcheurs de penser en rond/La Découverte

Comme le fast food, la fast science, c'est vite fait, pas bon et pas très digeste ! Une économie spéculative - avec ses bulles et ses krachs - s'est emparée de la recherche scientifique : les chercheurs doivent intéresser des « partenaires » industriels, participer aux jeux guerriers de l'économie compétitive. Conformisme, compétitivité, opportunisme et flexibilité : c'est la formule de l'excellence. Mais comment poser publiquement la question d'un désastre lorsque l'on ne veut pas que le public perde confiance en « sa » science ? Les mots d'ordre comme « Sauvons la recherche » font consensus, alors qu'ils ne posent surtout pas la bonne question : « De quoi faut-il la sauver ? »
Isabelle Stengers montre que les chercheurs doivent cesser de se prendre pour le « cerveau pensant, rationnel, de l'humanité», refuser que leur expertise serve à faire taire l'inquiétude de l'opinion, à propager la croyance en un progrès scientifique inéluctable capable de résoudre les grands problèmes de sociétés. Il s'agit pour eux de nouer des liens avec un public potentiellement intelligent et curieux, c'est-à-dire aussi de produire des savoirs dignes de cette ambition.

En 1903, le philosophe américain William James (1842-1910) publiait « Le poulpe du doctorat ». Il éprouvait une telle répugnance vis-à-vis de l'enseignement académique qu'il se présentait comme un outsider, voire un charlatan. Au regard des plus récentes inventions institutionnelles visant àévaluer les chercheurs, les examens auxquels James s'en prend apparaissent pourtant comme d'innocents archaïsmes... Le poulpe enlace les chercheurs plus puissamment que jamais.

Pris dans la Toile. L'esprit au temps du Web

Pris dans la Toile. L'esprit au temps du Web
Simone Raffaele
Ed. Gallimard

L'humanité a connu deux révolutions cognitives avec l'invention de l'écriture et celle de l'imprimerie. Raffaele Simone démontre qu'avec Internet et les médias numériques une troisième révolution s'opère, dont les effets sont déjà observables dans le fonctionnement de l'intelligence et des sens, ainsi que dans la relation au savoir et les rapports sociaux.

Cette Troisième Phase correspond à une mutation anthropologique sans précédent, marquée par la création de la médiasphère. Ce milieu, devenu aussi vital pour nous que l'air que nous respirons, résulte de la conjugaison des nouveaux médias et des outils informatiques connectés au Web.

L'auteur analyse comment la primauté de l'image et de l'écran induit un fonctionnement synthétique et passif de l'esprit et remet en cause une acquisition intellectuelle majeure de l'humanité que l'écriture avait apportée : la vision alphabétique, qui stimule l'intelligence analytique et la réflexivité.

La « culture numérique » tend à substituer à la réalité un spectacle permanent où les simulacres l'emportent. Concluant par un examen critique de l'idée d'une démocratie rendue authentique grâce à Internet, qui a permis l'émergence de mouvements politiques et sociaux auto-organisés, Raffaele Simone propose une réflexion à la hauteur des temps et du défi qu'impose une révolution irréversible des modalités de l'expérience humaine.

Autobiographie (1872-1967), 2 vol.

Autobiographie (1872-1967), 2 vol.
Russell Bertrand
Ed. Belles lettres

«Trois passions simples mais irrésistibles, a écrit Bertrand Russell, ont commandé ma vie : le besoin d'aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable des souffrances du genre humain ; ces passions comme de grands vents m'ont poussé à la dérive, de-ci, de-là, sur un océan d'inquiétude, où je me suis parfois trouvé aux bords mêmes du désespoir.»

C'était bien donner le ton de cette Autobiographie exceptionnelle en tous points. Elle nous permet de retrouver un personnage hors normes à la vie riche en événements de toutes sortes, dont les deux guerres mondiales qui ont ensanglanté et endeuillé le XXe siècle ne furent évidemment pas les moindres. Tant il est vrai que sa vie durant, cumulant conquêtes intellectuelles et combats politiques, Bertrand Russell sut conjuguer comme personne la réflexion du logicien, ami de Wittgenstein et de Whitehead ou Moore, avec une action dans le siècle qui lui fit notamment connaître la prison en 1918 et une révocation de l'université à New York pour immoralité !

Plus d'un personnage célèbre a croisé notre héros tels Bernard Shaw, Joseph Conrad, D. H. Lawrence, Katherine Mansfield ou J. M. Keynes que l'on retrouvera au fil de ces pages. Traversée du XXe siècle à hautes altitudes, cet autoportrait d'un géant de l'époque est une lecture nécessaire pour les citoyens du XXIe.

Fin de l'Occident, naissance du monde

Fin de l'Occident, naissance du monde
Kempf Hervé
Ed. Seuil

Cessons de nous raconter des histoires sur « la crise » !

Et regardons de face le cœur du problème qui se pose à la société humaine en ce début du XXIe siècle : les contraintes écologiques interdisent que le niveau de vie occidental se généralise à l’échelle du monde. Il devra donc baisser pour que chacun ait sa juste part. Autrement dit, l’appauvrissement matériel de l’Occident est inéluctable.

Comment allons-nous vivre cette mutation : en changeant nos sociétés pour nous adapter au mieux à ce nouveau monde, ou en nous opposant au sens de l’histoire, au prix d’un déchaînement de la violence ?

Déjà en cours de traduction dans plusieurs langues, ce récit phosphorescent d’idées originales prend comme fil conducteur les tribulations de l’humanité depuis son apparition sur terre. Captivant et à rebours du discours dominant, il nous invite à une dérangeante lucidité. Mais ce livre est également habité par un optimisme communicatif : oui, un nouveau monde est possible.

Hervé Kempf poursuit un travail de synthèse et de renouvellement de l’écologie politique, qui rencontre la faveur du public, en France et à l’étranger. Récemment : Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (2009) et L’Oligarchie ça suffit, vive la démocratie (2011).