Miniatures théoriques. Repères pour un paysage théâtral

Miniatures théoriques. Repères pour un paysage théâtral
Banu Georges
Ed. Actes Sud

Georges Banu dégage dans cet ensemble de « miniatures théoriques » certains « noeuds poétiques » autour desquels s'organise le paysage théâtral d'une époque. Il se fie à sa « bibliothèque intérieure » que constituent les spectacles vus au fil du temps et dont sa mémoire a gardé la trace ainsi que le plaisir.

Très personnel et subjectif, ce livre s'apparente à un cabinet de curiosités, une collection privée à l'aspect faussement disparate, car tous les éléments sont reliés au nom d'une posture commune : le théâtre vu de près. Ces textes saisissent des « points de fixation » de la scène contemporaine : une question récurrente (« Vidée, la scène vide ? »), un bonheur secret (« Neige »), un choix significatif (« Chapeaux melon et godillots usagés ») ou encore une porte ouverte (« Les saluts ou le protocole de la fin »)...

Ces brefs écrits se placent sous le signe d'une rare phrase optimiste de Beckett : « Se donner du mal pour les petites choses, c'est parvenir aux grandes, avec le temps » !

Ces tristes lieux, pourquoi faut-il que tu y entres ?

Ces tristes lieux, pourquoi faut-il que tu y entres ?
Barker Howard
Ed. Actes Sud

Ces tristes lieux, pourquoi faut-il que tu y entres ? est le premier volume à associer trois aspects du travail créatif de Barker. Pourquoi les avoir ainsi rapproches ? Quels sont les rapports qui se tissent ici entre la notation personnelle, l'écriture scénique et la photographie - entre la voix singulière, oscillant entre murmure et provocation, soliloque et confidence , la pluralité dialogique des figures du drame ; et le silence de l'image ? Un ouvrage aussi bref que Ces tristes lieux..., précisément parce qu'il suggère ces questions sans y répondre, offre une excellente occasion d'opérer une première incursion dans le paysage complexe, reconnaissable entre tous, dont Barker a fait son domaine. Daniel Loayza

 

Histoire théâtre politique

Histoire théâtre politique
Noiriel Gérard
Ed. Agone

On sait d'expérience que les démonstrations produites par les sciences de l'homme et de la société ont très peu d'impact sur les gens. On peut mobiliser toutes les études pour démontrer la « stupidité » du racisme, on ne parviendra pas pour autant à convaincre quiconque d'abandonner ses préjugés. Pour être efficace, il faut que la raison rencontre l'émotion. Ce qui est prouvé dans la recherche doit être éprouvé par le public.

Ce sont des auteurs de théâtre, principalement Diderot et Brecht, qui ont poussé le plus loin la réflexion sur cette dialectique de l'intellect et du sentiment. Ils ont plaidé pour un théâtre politique dont la fonction n'est pas de parler à la place des citoyens mais de leur fournir des armes pour mieux résister aux médias et au pouvoir d'État.

Depuis l'affaire Dreyfus, les intellectuels ont joué pleinement leur rôle dans la vie publique lorsque les artistes et les savants sont parvenus à travailler et à agir ensemble. Ceux qui s'interrogent aujourd'hui sur la crise du théâtre public gagneraient à réfléchir sur ce constat.

Construire pour le temps d'un regard. Guy-Claude François, scénographe

Construire pour le temps d'un regard. Guy-Claude François, scénographe
Collectif
Ed. Fage

Architecture de l'imaginaire vouée à révéler le vivant, la scénographie au théâtre et au cinéma génère une poésie des lieux, des matériaux et de la lumière. Habituellement, la scénographie se fond dans la représentation. Elle donne à voir, construisant un espace pour le temps d'un regard et d'une écoute.

Cet ouvrage met en exergue l'art discret d'un scénographe actif depuis plus de 40 années (avec Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil notamment, mais aussi avec Otomar Krejca), dont l'oeuvre, étonnamment diversifiée, est considérable.

Le travail de Guy-Claude François se caractérise par un éclectisme qui puise tant dans le champ de l'histoire, de l'architecture, savante et populaire, de l'art et des civilisations, des religions, de la littérature, de l'archéologie, que dans la géographie, la géologie et les cultures du monde moderne ; et, au fil de ses réalisations toutes tendues vers la révélation incarnée sur scène ou sur écran d'une écriture dramatique, lyrique ou filmique, à chaque fois singulière, le langage scénographique révèle un monde poétique incessamment renouvelé, une facture, une vision, un style.

J'y arriverai un jour

J'y arriverai un jour
Chéreau Patrice
Ed. Actes Sud/Le temps du théâtre

En ces jours d'avril 2008, sur les bords de la mer Egée, où Patrice Chéreau a reçu le prix Europe pour le Théâtre, la porte s'est entrouverte sur son atelier, grâce à des voix complices, mais aussi au généreux dialogue qu'il a ouvert avec Georges Banu.

Tout au long de ses mises en scène de théâtre, d'opéra et de cinéma, Patrice Chéreau s'est entouré de personnalités avec lesquelles il a renouvelé sans cesse ses interrogations et ses moyens de travail, afin de varier les approches des oeuvres qu'il crée Conscient du chemin déjà parcouru, en permanente remise en question, il aiguille l'attention vers de nouvelles pistes où on ne l'attend pas Jamais figé en un bilan, ce livre porte la marque de son exigence d'aller toujours un peu plus loin, un peu au-delà, toujours avec les autres, amis et compagnons de travail, réunis ici.

Restauration

Restauration
Bond Edward
Ed. L'Arche

Quel pauvre gentilhomme je fais ! Résidence londonienne avec un parc, château à la campagne avec des terres à perte de vue - à ce qu'on me dit, des dettes qui feraient honneur à un duc, et pas un sou. Alors : une riche héritière. Là-bas, se préparant à s'élever au-dessus de l'horizon telle une colonne de fumée, est M. Trimedur, fabriquant de fonte, constructeur de navires, propriétaire de mines, trafiquant de tout et même trafiquant d'hommes et de tas d'autres choses touchant à l'argent. Avec lui sa fille, à qui il faut un titre et un domaine à la campagne pour aller avec sa fortune. Alors me voici posté là en train d'imiter le sauvage homme des bois. Geste extravagant, mais je voudrais faire que la donzelle ait pour moi le coup de foudre, afin de m'épargner l'ennui de faire ma cour à la fille d'un maître de forges.

Shakespeare, Le monde est une scène. Métaphores et pratiques du théâtre

Shakespeare, Le monde est une scène. Métaphores et pratiques du théâtre
Anthologie
Ed. Gallimard/Pratique du théâtre

« Le monde est un théâtre » n'a-t-on cessé de répéter depuis les Grecs et les Romains et, on le sait, Shakespeare érigea en enseigne du Globe le fameux Totus mundus agit histrionem de Pétrone. Chacun est acteur, mais joue-t-il un seul rôle ou plusieurs ? Et la vie est-elle une pièce tragique ou dérisoire ? Ce qui tenait auparavant de la métaphore ponctuelle finit en vision globale, mais, une fois encore, deux termes se trouvent en présence : le théâtre et la vie. Comment communiquent-ils ? Si la vie ressemble au théâtre, lui-même, à son tour, n'est-il pas le double de la vie ? Interrogation inversée à laquelle nous ne pouvons pas échapper. Georges Banu

 

Journal intime d'un auteur

Journal intime d'un auteur
Noren Lars
Ed. L'Arche

«J'ai une profonde tendance à prolonger les difficultés et la tristesse, jusqu'à ce qu'elles meurent d'elles-mêmes, sans doute. Je vais essayer d'écrire mon journal tous les jours. J'aime l'énumération des routines absurdes et des rares plats que j'achète. L'acteur a été condamné à, je ne me souviens plus, peut-être quatre mois de prison, pour harcèlement sexuel sur deux petites filles. Il dit qu'il est un père de famille et un mari heureux. Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Lui seul connaît la réponse, et peut-être Sten Levander. Paris me manque. Non, ce qui me manque c'est d'arriver là-bas au coucher du soleil, de me précipiter chez Issey Miyake, puis chez Monoprix à Saint-Paul et chez Suzette pour manger une crêpe au citron et rester assis là-bas sans connaître personne.»

Le désoeuvrement chorégraphique. Etude sur la notion d'oeuvre en danse

Le désoeuvrement chorégraphique. Etude sur la notion d'oeuvre en danse
Pouillaude Frédéric
Ed. Vrin

Il n'y a pas de bibliothèque du mouvement, de lieu où les oeuvres chorégraphiques trouveraient à se conserver, identiques à elles-mêmes et offertes à tous. C'est un fait. Rien qu'un fait. Mais qui engage énormément.

En premier lieu : l'incapacité de la philosophie et de l'esthétique à penser les pratiques chorégraphiques selon le régime commun de l'oeuvre. C'est toujours d'un autre espace que la danse semble relever, à la fois plus frivole et plus fondamental, toujours en deçà ou au-delà du projet de l'oeuvre. Cette absence d'oeuvre, abstraitement mise au jour par la philosophie, nous tentons de l'analyser en une première partie.

De là, il s'agit d'articuler un autre concept, connexe mais différent : celui de désoeuvrement. Les écrits philosophiques sur la danse assignent la pratique du mouvement à une pure et simple absence de production, à l'expérience de la dépense et de l'auto-affection. Nous soutenons que ce philosophème (abstraitement nommé absence d'oeuvre) ne fait que réfléchir dans l'ordre du discours une fragilité interne et propre aux oeuvres chorégraphiques, fragilité que nous nommons : désoeuvrement.

Oeuvres choisies, vol. 2. Blessures au visage. La douzième bataille d'Isonzo

Oeuvres choisies, vol. 2. Blessures au visage. La douzième bataille d'Isonzo
Barker Howard
Ed. Editions théâtrales

Dans une succession de 18 tableaux à la fois envoûtants, drôles et tragiques, Blessures au visage expose les relations que nous entretenons avec notre visage et son reflet dans le regard des autres. Un voyage à travers le miroir déformant des fantasmes, des passions et de la mémoire. «Le visage, dit Barker, est le siège du désir, et le désir ce qui fait dans mes pièces que les personnages transcendent la cruauté du monde.»

Tenna, une jeune fille de 17 ans, et Isonzo, un très vieil homme au bord du tombeau, viennent de se marier. Leur union, renforcée par leur cécité supposée, est mise en jeu dans un dialogue saccadé, plein de poésie brutale et d'érotisme. Les deux époux attisent l'atmosphère torride de cette Douzième Bataille d'Isonzo, quête d'amour absolu entre pulsion de vie et baiser de la mort.

Ce deuxième volume des oeuvres choisies de Howard Barker, l'une des voix les plus fécondes de la scène anglaise d'aujourd'hui, permet de pénétrer au coeur de son «théâtre de la Catastrophe», viscéral et implacable.