Figures de l'histoire

Figures de l'histoire
Rancière Jacques
Ed. PUF

« L'histoire est le temps où ceux qui n'ont pas le droit d'occuper la même place peuvent occuper la même image : le temps de l'existence matérielle de cette lumière commune dont parle Héraclite, de ce soleil juge auquel on ne peut échapper. Il ne s'agit pas d'' égalité des conditions ' au regard de l'objectif. Il s'agit de la double maîtrise à laquelle l'objectif obéit, celle de l'opérateur et celle de son ' sujet '. Il s'agit d'un certain partage de la lumière. »

L'invisible

L'invisible
Rosset Clément
Ed. Minuit

Réflexions sur la faculté humaine de voir ce qui est invisible, d'entendre ce qui est inaudible, et de réaliser cet exploit, apparemment contradictoire, qui consiste à ne penser à rien.

En numérique chez Tropismes : L'invisible

Récit d'un noyé

Récit d'un noyé
Rosset Clément
Ed. Minuit

Pendant que des médecins travaillaient à me maintenir en vie, à la suite d'une noyade qui aurait dû finir fatalement, j'ai vécu, ou rêvé, ou halluciné, des aventures si extraordinaires que l'idée m'est venue d'en rapporter au moins quelques-unes.

En numérique chez Tropismes : Récit d'un noyé

Les années rouges

Les années rouges
Badiou Alain
Ed. Prairies ordinaires

On a dit tout et n'importe quoi à propos du maoïsme d'Alain Badiou, mais qui a lu Théorie de la contradiction, De l'idéologie et Le Noyau rationnel de la dialectique hégélienne ? Les années rouges, qui réunit pour la première fois ces trois ouvrages, propose de revenir sur ce moment méconnu de la carrière de Badiou.

À présent que l'auteur est pleinement entré dans l'histoire de la philosophie, il convenait de combler une lacune en permettant aux lecteurs contemporains de comprendre la trajectoire qui l'a conduit du Concept de modèle à l'élaboration de Théorie du sujet.

Mais il s'agissait surtout de montrer que, dans l'oeuvre de Badiou, la polémique n'a jamais été séparable de la philosophie et travaille la philosophie de l'intérieur. La pérennité du maoïsme réside sans doute ici : dans un engagement de la philosophie au présent, visant à en dégager la nouveauté et les lignes de fracture. À l'opposé des divers retours de la philosophie politique qui ont dominé les dernières décennies, Badiou montre que la philosophie, y compris la plus spéculative et la plus métaphysique, est en soi politique. Revenir sur les années rouges et le moment maoïste, c'est donc aussi renouer avec un geste, réactiver une époque que les défenseurs de l'ordre néolibéral auraient préféré ne voir jamais reparaître.

Aimer hier. Notes pour une histoire du sentiment

Aimer hier. Notes pour une histoire du sentiment
Anders Günther
Ed. Fage

Si l'on connaît le penseur de la déréalisation du monde, de la déshumanisation du quotidien, de la marchandisation générale, les lecteurs français n'ont pas eu encore accès aux écrits plus personnels rédigés par le philosophe allemand en exil.

Les textes qui composent ce volume, extraits de ses journaux intimes de New York des années 1947-1949, ont pour objet des sentiments, les siens et ceux de ses compagnons de destin. Anders pour autant ne se livre pas en ces pages à l'exploration de sa vie intérieure, ni ne découvre des strates de son moi par goût de la confession. Les réactions émotionnelles qu'il consigne sont pour lui des exemples caractéristiques traduisant l'existence de fossés tant générationnels qu'intra ou interculturels, qu'il appréhende dans une perspective historique. Anders a fait valoir, dans le premier volume de L'Obsolescence de l'homme, l'intérêt d'une histoire du sentiment ; les pages qui suivent portent l'esquisse d'un tel projet, et l'amour en constitue le fil rouge. En 1979, Anders déclarait dans un entretien avec Mathias Greffrath :

« [...] j'ai tenu un journal sur le fait amoureux en Amérique. Au moment où je l'ai écrit, il s'appelait Lieben heute (Aimer aujourd'hui). Maintenant, je l'ai rebaptisé Lieben gestern (Aimer hier). Et s'il paraît un jour, il faudra sans doute qu'il s'appelle Lieben vorgestern (Aimer avant-hier)... »

Ontologie. Herméneutique de la factivité

Ontologie. Herméneutique de la factivité
Heidegger Martin
Ed. Gallimard

Dans ce cours délivré pendant le semestre d'été de l'année 1923 à l'université de Fribourg-en-Brisgau, le jeune Heidegger, alors assistant (Privatdozent) de Husserl, aborde la question qui était, à cette époque, au centre de sa pensée, celle de la « vie factive », du Dasein tel qu'il est à chaque fois, et qu'il s'agit non pas de décrire, mais de comprendre ou d'expliciter dans sa structure d'être. Cette explicitation prend la forme d'une herméneutique phénoménologique originale qui vise d'abord et avant tout à éveiller le Dasein à lui-même et à la possibilité éminente qui lui appartient en propre, possibilité qui est appelée ici « existence ». Après avoir exploré la manière dont la vie a tendance à se comprendre aujourd'hui dans l'histoire et la philosophie, Heidegger met en place un certain nombre de thèmes qui seront ensuite repris dans le traité d'ontologie fondamentale de 1927, tels que l'être-au-monde, la significativité, la curiosité ou encore le souci.

Ce cours, contemporain des premières esquisses de Sein und Zeit, constitue un document capital sur l'approche heideggerienne au début des années 1920. Il représente une étape décisive sur le chemin ayant conduit à Être et Temps dont la démarche est au fond implicitement contenue dans le titre : Ontologie. Herméneutique de la factivité. Un titre qui articule déjà à sa manière la question de l'être avec cette phénoménologie du Dasein qui prendra plus tard le nom d'analytique existentiale.

Saeculum. Culture, religion, idéologie

Saeculum. Culture, religion, idéologie
Balibar Etienne
Ed. Galilée

Ce livre, issu de la Anis Makdisi Memorial Lecture prononcée en 2009 à l'Université américaine de Beyrouth, voudrait servir à l'élaboration d'un « cosmopolitisme » de l'époque de la mondialisation, en partant du malaise de la sécularisation qu'elle engendre (en particulier pour ce qui concerne sa forme institutionnelle française : la « laïcité »), et en explorant ses dimensions philosophiques. Quelle contribution un sécularisme lui-même sécularisé, indépendant des religions civiles aussi bien que des cléricalismes ou des fondamentalismes, pourrait-il apporter à la citoyenneté dans un monde où tout différend local a une répercussion globale, où toute frontière-monde se projette dans l'espace des relations de voisinage, des ségrégations et des conflits civils qui font la réalité de la politique et différencient ses sujets ?

Relisant les interprétations opposées entre elles de la controverse sur l'interdiction du « voile islamique » dans les écoles républicaines, puis les critiques récentes de la catégorie du « religieux », l'auteur esquisse une problématique de la transformation des identités collectives fondée sur la dialectique des formations culturelles et religieuses au sein de l'idéologie. Privilégiant l'élaboration symbolique des différences anthropologiques, il pronostique de nouvelles révolutions religieuses à venir. Tout en réaffirmant l'importance politique d'un « multiculturalisme » de l'hybridité, de la traduction et du « contact de civilisations », il réfléchit aussi, sur les traces de Spinoza, à la possibilité d'un sécularisme hérétique qui exposerait les croyances comme telles intraduisibles à la contestation plutôt que de les refouler hors de la vie publique.

Soumettre d'abord l'analyse du philosophique à la rigueur de la preuve, aux chaînes de la conséquence, aux contraintes internes du système : articuler, premier signe de pertinence, en effet.

Ne plus méconnaître ce que la philosophie voulait laisser tomber ou réduire, sous le nom d'effets, à son dehors ou à son dessous (effets « formels » - « vêtements » ou « voiles » du discours - « institutionnels », « politiques », « pulsionnels », etc.) : en opérant autrement, sans elle ou contre elle, interpréter la philosophie en effet.

Déterminer la spécificité de l'après-coup philosophique - le retard, la répétition, la représentation, la réaction, la réflexion qui rapportent la philosophie à ce qu'elle entend néanmoins nommer, constituer, s'approprier comme ses propres objets (autres « discours », « savoirs », « pratiques », « histoires », etc.) assignés à résidence régionale : délimiter la philosophie en effet.

Ne plus prétendre à la neutralité transparente et arbitrale, tenir compte de l'efficace philosophique, et de ses armes, instruments et stratagèmes, intervenir de façon pratique et critique : faire travailler la philosophie en effet.

L'effet en question ne se laisse donc plus dominer ici par ce que la philosophie arraisonne sous ce nom : produit simplement second d'une cause première ou dernière, apparence dérivée ou inconsistante d'une essence. Il n'y a plus, soumis d'avance à la décision philosophique, un sens, voire une polysémie de l'effet.

Enquête sur les modes d'existence. Une anthropologie des modernes

Enquête sur les modes d'existence. Une anthropologie des modernes
Latour Bruno
Ed. La Découverte

Pour repérer les valeurs multiples et contradictoires auxquelles tiennent ceux qui se disent Modernes, il faut accepter qu'il y ait plusieurs régimes de vérité, plusieurs types de raison, plusieurs modes d'existence dont l'enquêteur doit dresser avec soin les conditions de félicité et d'infélicité. On peut alors revisiter le coeur de notre vie collective : les sciences, les techniques, mais aussi le droit, la religion, la politique et, bien sûr, l'économie, la plus étrange et la plus ethnocentrique des productions. Et se poser autrement ces questions : Que nous est-il donc arrivé ? De quoi pouvons-nous hériter ? Qu'avons-nous en propre ? L'enjeu n'est pas mince au moment où les crises écologiques obligent toutes les sociétés à repenser ce qu'elles ont en commun.

Pour avancer dans ces questions, l'auteur a mis au point un dispositif original qui s'appuie sur une enquête collective et auquel ce livre sert d'introduction, de rapport provisoire. Grâce à un environnement numérique monté tout exprès, les lecteurs pourront participer au recueil des expériences multiples repérées par l'enquête, avant de devenir coproducteurs des versions finales. C'est par cet exercice d'«humanités numériques» que l'auteur prétend renouveler, avec ses lecteurs, l'anthropologie philosophique des Modernes.

Séminaire. La peine de mort, vol. 1 (1999-2000)

Séminaire. La peine de mort, vol. 1 (1999-2000)
Derrida Jacques
Ed. Galilée

Le présent volume édite la première des deux années du séminaire que Jacques Derrida consacra au sujet de la peine de mort (en 1999-2000 et 2000-2001). Présenté intégralement dans le cadre du programme «Philosophie et épistémologie» à l'École des hautes études en sciences sociales, à Paris, ce séminaire a aussi fait l'objet d'un enseignement aux États-Unis. Il précède immédiatement celui consacré à «La bête et le souverain» (2001-2003), déjà publié. Il relève de l'ensemble commencé en 1997-1998 sous le titre «Le parjure et le pardon», qui appartient lui-même à un ensemble plus long, «Questions de responsabilité», initié en 1989 et finalisé en 2003 avec la dernière année d'enseignement de Jacques Derrida.

Voici le résumé qu'en donnait Jacques Derrida dans l'Annuaire de l'EHESS 1999-2000 :
La problématique engagée sous ce titre «Le parjure et le pardon» au cours des deux années passées nous a conduits à privilégier cette fois la grande question de la peine de mort. C'était nécessaire au moins dans la mesure où la peine dite capitale met en jeu, dans l'imminence d'une sanction irréversible, avec ce qui paraît tenu pour l'impardonnable, les concepts de souveraineté (de l'État ou du chef d'État - droit de vie et de mort sur le citoyen), de droit de grâce, etc.
Nous avons étudié la peine de mort, de façon au moins préliminaire, aussi bien à partir de grands exemples paradigmatiques (Socrate, Jésus, Hallâj, Jeanne d'Arc) que de textes canoniques, de la Bible à Camus ou à Badinter, en passant par Beccaria, Locke, Kant, Hugo - à qui nous avons consacré de nombreuses séances -, Genet, etc., et surtout de textes juridiques d'après la Seconde Guerre mondiale. Un grand nombre de conventions internationales recommandent en effet la fin des châtiments cruels et des tortures, dont la peine de mort, sans jamais en faire obligation aux États dont la souveraineté devait être respectée. Nous nous sommes intéressés aux mouvements abolitionnistes, à leur logique et à leur rhétorique, et surtout aux États-Unis dont l'histoire récente, voire très actuelle, a requis de nombreuses analyses - notamment depuis la décision de la Cour suprême qui, en 1972, jugea inconstitutionnelle l'application de la peine de mort («cruel and unusual punishment»), jusqu'à la reprise amplifiée et spectaculaire des exécutions depuis 1977, etc. Nous avons accordé beaucoup d'attention à l'exception des États-Unis.
Trois concepts problématiques ont dominé notre questionnement à travers les textes et les exemples étudiés : la souveraineté, l'exception et la cruauté. Autre question conductrice : pourquoi l'abolitionnisme ou la condamnation de la peine de mort, dans son principe même, n'ont-ils (presque) jamais, à ce jour, trouvé une place proprement philosophique dans l'architectonique d'un grand discours philosophique en tant que tel ? Comment interpréter ce fait hautement signifiant ?

Quand le moi devient autre. Connaître, partager, transformer

Quand le moi devient autre. Connaître, partager, transformer
Laplantine François
Ed. CNRS

Si le caractère résolument universel de l'anthropologie doit être réaffirmé, il ne saurait prendre la forme d'un universalisme définitif, arrêté et imposé par l'Occident. Cet universel non comme état, mais comme devenir et comme éthique, n'est pas achevé. Il est en construction permanente. Il cherche davantage à rendre plutôt qu'à prendre. Il consiste à ressentir puis à élaborer ce qui surgit entre nous et les autres.
François Laplantine interroge un certain nombre de perspectives théoriques : l'héritage du confucianisme et du taoïsme, la démarche de Claude Lévi-Strauss, les travaux de Michel Foucault. Il se déplace librement entre le Brésil, la Chine et le Japon, en étant à la fois attentif aux questions de traduction et aux phénomènes de migrations. Il nous propose un horizon de pensée permettant de mieux comprendre rapports, échanges et flux qui transforment les hommes.